ALERTE : Neuralink, implants pour fusionner le cerveau humain et l’ordinateur

Elon Musk va enfin donner plus d’informations sur Neuralink, l’entreprise censée développer des implants pour fusionner le cerveau humain et l’ordinateur.

Lancée il y a plus de deux ans, cette startup n’a jusqu’à présent pas fait parler d’elle. Dès demain, nous devrions donc en savoir plus. En effet, la société a annoncé qu’elle allait faire une présentation pour en dire plus à San Francisco, et sera diffusée en streaming à partir de 4 h.

Comme toujours lorsque Elon Musk est impliqué, l’objectif est très ambitieux, certains twitteurs parlant même de « l’innovation la plus importante de l’histoire de l’humanité ». Comme l’annonce le site officiel de la compagnie, « Neuralink développe des interfaces cerveau-machine à très large bande pour connecter les humains et les ordinateurs ».

Quels usages ?

Ces interfaces ne seront cependant pas disponibles de sitôt, puisque Neuralink cherche encore des ingénieurs et des scientifiques. On attend pourtant d’Elon Musk qu’il propose un nouveau produit.

Que nous réserve donc le magnat ? Des implants pour lutter contre les déficiences cognitives ou autres maladies neurologiques ? La santé semble être l’une des applications les plus évidentes d’une telle technologie.

 

Source : TomsGuide (Juillet 2019)


Atlantico : Mardi 16 juillet, Neuralink, société financée à hauteur de 100 millions de dollars par Elon Musk a présenté un projet d’interface cerveau-machines. Via un implant discret, le cerveau pourrait envoyer des informations à une interface numérique comme un smartphone. Quelle est la part de fantasme et d’efficacité dans cette nouvelle technologie ?

Jean-Paul Pinte : Il a fallu :

–  1 700 générations pour maîtriser le langage,

–  300 pour l’écriture,

–  30 pour l’imprimerie,

–  2 pour passer de l’analogique au numérique

–  1 pour la transformation numérique

–  3 minutes pour attaquer aujourd’hui votre PC (40 mns en 2003 !)

–  Et combien de temps pour que l’Intelligence artificielle (re)devienne un objet contemporain et réel ?

En fait plus aucun magazine ou revue ne sort en kiosque sans qu’il n’y ait dans son contenu un article traitant de l’IA.

Le sujet est aujourd’hui mature et plus rien jamais ne nous renverra à l’époque où les technologies de l’Intelligence Artificielle relevaient du simple fantasme.

Il y a de quoi faire avec les données, les métadonnées, les algorithmes dans tous les domaines de la société et principalement dans ceux de la santé où l’IA sauvera des vies, on peut en être sûr !

Dans le cas des expériences de Neuralink avec son implant discret déposé dans le cerveau, nous pouvons renvoyer pour celles et ceux qui ne suivent pas l’actualité de l’intelligence artificielle de près cette technologie à l’état de fantasme.  Cette technologie nous ramène en effet à toutes ces questions d’éthique et de justice autour de cette innovation au même titre que la manière dont notre société  et de société à deux, voire trois vitesses.

Dans Risque Zéro, Olga Lossky met en scène une société en passe de bannir le moindre pépin de santé grâce à un logiciel capable de gérer en temps réel l’état physique et mental des individus.

Son romain, qui peut se lire comme une profonde réflexion métaphysique, pointe ainsi à ce moment où l’histoire humaine pourrait cesser d’être une aventure. Cela se situe en 2040 où la santé est devenue un enjeu économique colossal via notamment une application baptisée Providence qui permet de mesurer les indices de défaillances de l’organisme en temps réel, du taux de glycémie à la pression artérielle, et d’orienter en conséquence la conduite de l’abonné pour minimiser les risques.

Une « plume d’ange » relie Agnès au système Providence auquel la défunte était également abonnée. Le système est alors accusé de comporter des failles. Or c’est justement pour Providence que travaille Victorien, le mari d’Agnès, ravi qu’une application puisse organiser sa journée au millimètre sans le moindre contretemps nous rappelle Cédric Fabre dans le numéro 25 d’Usbek et Rica (2050 :  Quels futurs pour Internet)

Dans cet ouvrage, l’interaction avec le monde est remplacée par des interconnexions, via tout un arsenal de gadgets. Elle dénonce aussi le système à deux vitesses en comparant son grand-père qui refuse d’être pris en charge par les technologies et pointe aussi ceux qui n’en ont pas les moyens. Il est aussi question de la déliquescence des services publics de santé en France, notamment en matière d’égalité des soins, avec une inégalité croissante selon les classes sociales et les territoires.

Providence deviendrait donc un gadget pour riches nous rappelle l’auteur tout en signalant des gens d’un côté qui conçoivent des systèmes de très haute technologie déconnectés de la réalité du plus grand nombre.

Voilà de quoi méditer pour revenir à notre aventure de projet d’interface cerveau-machines qu’Euralink, Elon Musk et son équipe « Fan Club » d’environ 43 Musketeers nous mijote. Et l’un d’entre eux, Xavier dit de lui qu’il est notre Jésus à nous, notre Jésus de la technologie !

Le Dr Laurent Alexandre, expert en intelligence artificielle nous rappelle cependant qu’en 2017 l’IA était toujours totalement inintelligente. Il considère dans son ouvrage intitulé « La guerre des intelligences » en septembre 2017 que nous sommes entrés dans la deuxième génération de l’IA qui va rapidement concurrencer les radiologues, mais paradoxalement ne peut lutter contre les généralistes. Pour égaler l’omnipraticien, il faudrait une IA contextuelle capable de mémoire et de transversalité. Cette troisième génération d’IA qui émerge à peine ne serait disponible que vers 2030. Le quatrième âge de l’IA verra l’apparition d’une conscience artificielle, dite IA forte capable de produire un comportement intelligent , d’éprouver une réelle conscience de soi, des sentiments, et une compréhension de ses propres raisonnements.

Le Dr Alexandre développe dans un 13ème scénario que les IA et les copies de nos cerveaux vont créer de nouvelles sociétés. Dans The AGE of Em (2016), Robin Hanson fait l’hypothèse d’une cohabitation harmonieuse avec les machines. Il soutient que nous pourrons créer des copies de nous-mêmes, hybridées avec l’IA, pour bâtir de nouvelles sociétés à la prospérité économique inouïe tout en nécessitant de apprentissages spécifiques. Il évoque enfin dans un 14ème scénario une segmentation de l’humanité où les humains divergeraient selon le type de prothèses cérébrales qui les équiperaient. Il y aurait des hommes Facebook, des hommes Neuralink Inside, des cerveaux made in Google…

Quant à Luc Julia, auteur de l’ouvrage « L’intelligence artificielle n’existe pas » il dit du fondateur de Tesla et SpaceX notamment est, un peu à l’image de Steve Jobs, “un génie du marketing“, “un visionnaire” également qui a “des fulgurances” et qui a complètement “changé les codes sur la façon dont on conçoit une voiture“, “en partant du principe qu’une voiture était un ordinateur qu’on pouvait remettre à jour en quelques minutes“. Mais là encore, Luc Julia ne peut s’empêcher de s’opposer à la vision apocalyptique de Musk sur l’intelligence artificielle et sur les robots qu’il voit devenir plus intelligents que les humains. “Ces propos sont plus fondés sur des croyances inspirées de la science-fiction que sur des faits précis relevant de la science mathématique. Ce qu’il raconte est complètement à l’opposé de ce que la plupart des représentants du monde scientifique qui baignent dans l’IA clament.” Nobody’s perfect.

Le 7 septembre 2018, une interview du célèbre chef d’entreprises visionnaire a fait un véritable buzz. Elon Musk avait fumé un joint de marijuana en direct et siroté du whisky. Ces deux provocations avaient pourtant éclipsé le reste de la longue interview donnée au podcasteur Joe Rogan. Une révélation mérite pourtant un article tant elle est sensationnelle. Elon Musk a, en effet, déclaré que son entreprise Neuralink était sur le point de mettre en place une solution permettant de connecter un cerveau à un ordinateur.

Ce 16 juillet Elon Musk a bien avancé et viens donc enfin de dévoiler sa technologie permettant aux personnes paralysées de contrôler des appareils électroniques grâce à leur cerveau. Cette technologie n’est pas nouvelle en elle-même. En 2006, Matthew Nagle devenait la première personne paralysée à recevoir un implant cérébral lui permettant de contrôler le curseur d’une souris. Cet implant est le BrainGate développé par la Brown University, et depuis utilisé par de nombreuses personnes handicapées.

La technologie développée par Neuralink présente plusieurs avantages majeurs par rapport aux systèmes existants. Tout d’abord, les « fils » en polymère utilisés sont flexibles et d’une épaisseur de seulement 4 à 6 μm. Il y a donc moins de risques que le cerveau soit endommagé, par rapport aux aiguilles utilisées par BrainGate ou d’autres technologies déjà en place. Il s’agit donc d’une interface cerveau-machine reposant sur des fils implantés par des robots.

Un autre avantage la firme a développé un robot neurochirurgien capable d’insérer six fils (192 électrodes) par minute de façon totalement automatisée. Dans le futur, les scientifiques envisagent d’utiliser un rayon laser pour travers le squelette des patients plutôt que d’y percer des trous. Elon Musk estime que ce système sera prêt d’ici la fin 2020, après des expériences menées avec les neuroscientifiques de la Stanford University. On peut aujourd’hui s’interroger sur la réalité de tenir ces délais … Enfin, Neuralink a développé une puce capable de lire, de nettoyer, et d’amplifier les signaux du cerveau. Quatre capteurs seront implantés dans le cerveau de l’utilisateur, et seront connectés sans fil à un récepteur situé derrière l’oreille de l’utilisateur et contrôlé via une application pour iPhone. Son objectif : Son objectif ultime est de permettre une  « symbiose » entre le cerveau humain et l’intelligence artificielle afin d’augmenter ses capacités ? Voir ici la vidéo portant sur ce dernier point.

Nous sommes donc dans l’expectative de la mise en place  de cette technologie dès 2020

Elon Musk a déclaré vouloir parvenir un jour “à une symbiose entre le cerveau et l’intelligence artificielle.” Quels effets pervers cette logique transhumaniste pourrait-elle amener ?

En avril 2017, Elon Musk, évoque « demain tous cyborgs » et plus modestement, il indique que les premiers implants souples et biocompatibles créés par Neuralink serviront plutôt à surveiller l’activité cérébrale d’un individu, à stimuler des tissus nerveux endommagés, de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, de dépression, d’épilepsie, par exemple, grâce à des implants. Avant de devenir, beaucoup plus tard, de véritables cyborgs… Toujours humains ou des mutants cybernétiques ? Telle est maintenant la question ! À laquelle évidement Elon Musk n’apporte aucune réponse à cette date.

Deux ans plus tard, selon un neurochirurgien de Neuralink, l’une des premières applications de cette technologie vise le traitement de maladies neurologiques. Mais l’objectif à long terme est de rendre les implants si sûrs, fiables et simples qu’ils pourraient entrer dans le champ de la chirurgie élective (de confort) pour des individus qui rêvent de doter leur cerveau d’une puissance informatique. Elon Musk veut croire que de tels implants seront bientôt aussi répandus qu’une chirurgie oculaire au laser

Le fait de parvenir à ses objectifs en couplant le cerveau à une intelligence artificielle n’est pas sans risque et il y a fort à parier que comme pour le monde de la sécurité certaines catégories de cyber- délinquants s’introduiront assez vite dans cette technologie pour y mener des actions plus ou moins dangereuses.

Comme dans le cas d’une Interface Homme-Machine qui est une interface permettant à un utilisateur d’interagir avec une machine notre cerveau pourrait être hacké par un tiers pour y transférer des données par exemple ou en extraire d’autres. Ce minuscule capteur constitué de fils très fins implantés dans le tissu cérébral n’est en effet pas à l’abri de risques de tout genre dès que certaines personnes mal intentionnées auront pris le temps de penser comment les infiltrer voire leur nuire. D’ici 2020, elle devrait être en mesure de remplacer le câble USB qui relie les puces implantées dans le cerveau à l’ordinateur par une connexion sans fil avec transfert de données à haut débit. Elon Musk craint que les hommes deviennent les animaux domestiques d’une intelligence artificielle élaborée. Transhumaniste affirmé, il mise sur une synergie entre l’intelligence biologique et digitale (IA) pour faire front et éviter un avenir à la Matrix ou contrôlé par un Terminator nous signale cet article.

Le fait de “coller” des interfaces homme-machine (de minuscules puces qui permettent de communiquer, par la pensée, avec un ordinateur) sur nos neurones, en les faisant passer par nos veines – sans acte chirurgical avec pour objectif d’améliorer notre mémoire, de nous permettre de diriger les appareils électroniques par la pensée – et de décupler à terme notre intelligence est encore une façon d’imaginer qu’il y aura demain des catégories de personnes qui pourront détenir des savoirs décuplés par rapport à d’autres qui resteront « sous dévéloppées ».

Il n’y aura en effet pas toujours lieu d’utiliser cette technologie dans le cadre de maladies neurologiques et les déviances arriveront vite pour certaines catégories qui auront les moyens d’en tirer parti autrement avec, par exemple, la création d’une couche numérique au dessus de nos cerveaux. Depuis plusieurs années, Elon Musk garde ce concept dans ses cartons, mais le défendait dans l’optique de l’hypothétique Singularité si chère aux transhumanistes – cette idée qu’un jour, l’I.A. nous dépassera, faisant de nous des esclaves.

Imaginons le monde du marketing qui pourra s’en emparer pour un marché plus lucratif. De même les différences d’intelligence qui ne manqueront pas d’accroître le fossé des inégalités dans un monde déjà à deux ou trois vitesses…

Quelle justice mettre en place ainsi que quelle éthique à l’heure où nous tardons encore à régulariser une génération d’Internet.

Toutes ces questions sont encore à poser et pour Mathieu Terence, l’idéal transhumain prôné par l’homme d’affaires relève d’une idéologie liberticide. Son essai, Le transhumanisme est un intégrisme, est paru le 7 octobre 2016 aux éditions du Cerf.

J’invite enfin celles et ceux qui s’intéressent au monde que fera l’IA en 2062 et au principe de singularité à lire cet ouvrage en anglais : 2062 : The World that AI made by Tobby Walsh.

Neuralink a reconnu qu’obtenir un agrément pour ce type de dispositifs est “long et compliqué”. Des règlementations existent-elles pour encadrer ce type de projet scientifique ?

En ce qui concerne les implants en général, un consortium international de journalistes révèle les failles de la surveillance des dispositifs médicaux via les “Implant Files”. Le nouveau règlement européen visant à renforcer cette surveillance ne s’appliquera progressivement qu’à partir de 2020 et s’étalera jusqu’en 2027.

Ainsi le site Santé Magazine révèle que plus de 250 journalistes de 59 médias différents ont enquêté sur les dispositifs médicaux, des pacemakers aux prothèses de hanche en passant par les pompes à insuline et les prothèses mammaires. Leurs recherches montrent les failles de la matériovigilance : traçabilité incomplète, défauts de surveillance… Ces dispositifs médicaux, dont certains sont implantés à vie dans le corps humain, sont moins bien contrôlés que les médicaments. Ces dernières années, des scandales ont éclaté (prothèses mammaires PIP, implant contraceptif Essure…).

En Europe par exemple il faudra procéder à un marquage CE et le dossier doit être conforme aux normes de sécurité imposées dans l’Union européenne, ce qui n’est pas sans problème lorsqu’il s’agit de voyager. De même le patient doit savoir ce qui a été implanté mais les dossiers ne semblent pas tous être bien remplis par les chirurgiens. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (Ansm) effectue des inspections chez les fabricants de dispositifs médicaux. Pour les produits à risque, des études cliniques doivent être réalisées avant leur mise sur le marché.

Chez tous les fabricants, une personne sera chargée de veiller au respect de la réglementation. Les organismes notifiés répondront à un nouveau cahier des chargés et seront mieux contrôlés. Une base de donnée européenne recensant toutes les études et tous les incidents sera mise à disposition.

Pour le cerveau les implants ce n’est pas forcément nouveau à en croire cet article qui évoque un implant pour booster notre mémoire.Grâce à un implant cérébral, des chercheurs ont amélioré les capacités de mémorisation d’une vingtaine de patients en leur délivrant des impulsions électriques ciblées dans l’hippocampe, région clé pour l’apprentissage et la mémoire.

En ce qui concerne NEURALINK et ses implants au cerveaux les questions de règlementation s’avèreront bien plus larges au niveau éthique et juridique car nous touchons à un système qui pourrait nous faire déferler des informations de toutes sortes, l’homme de demain devra donc pouvoir disposer d’outils allant au-delà de son humanité et s’hybrider avec les machines. Cela ne va pas sans règles juridiques car on évoque déjà sur ce site les craintes exprimées vis à vis de l’essor des intelligences artificielles sans contrôle, et notamment pour des besoins militaires offensifs. Dans un autre exemple des calamités à venir, les fake news pourraient aussi devenir une arme utilisée contre l’humanité. Il ne serait pas difficile pour une intelligence artificielle de manipuler l’opinion en calibrant la diffusion d’informations en fonction d’un objectif.

Pour Elon Musk, les réglementations suivent un chemin lent et linéaire quand les progrès en matière d’IA sont exponentiels et débordent très vite les cadres péniblement mis en place.

La firme projette de commencer les expériences sur des sujets humains dès l’année prochaine. Cette initiative se fera en collaboration avec des neurochirurgiens de Stanford et d’autres institutions et on l’espère en étroite collaboration avec les mondes de l’Ethique et du juridique.

Nous ne sommes qu’au début d’un long parcours à ce niveau car pour ce faire, l’entreprise devra obtenir l’accord de la Food and Drugs Administration (FDA), l’autorité américaine de régulation des dispositifs médicaux.

Source : Atlantico (Juillet 2019)