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La fameuse “pause” dans le couple, vraie seconde chance ou lent chemin vers la rupture ?

Couple agruingm stadning in the open window at home in the morning.

Parce qu’il n’est point de couples qui ne traversent de fortes crises, il arrive que la question d’une pause se pose.

« Il y a un mois, mon chéri est passé par une période de doute. Il a senti qu’il avait besoin de se retrouver et m’a demandé de lui laisser du temps. Ça a été très dur mais j’ai respecté son choix et nous avons fait une pause. J’ai profité de cette période pour réfléchir à ce que je voulais pour moi et ce que j’attendais de lui. Dix jours plus tard, nous nous remettions ensemble plus amoureux que jamais » raconte Véronique sur un forum Internet. Un témoignage qui ne convainc pas, mais alors pas du tout Ludovic ! « Quand un couple traverse des difficultés, il doit rester ensemble. S’éloigner, c’est une manière douce de préparer la rupture » affirme cet ingénieur en connaissance de cause. « Pas du tout ! » rétorque Cécile à l’origine d’une parenthèse avec son ex-conjoint. « Faire une pause, ça veut dire réagir, se donner une chance de se retrouver. Pas rester spectateur d’une mort annoncée » justifie cette blonde pétillante.

De l’espace pour penser à soi

Constructif selon Véronique, indispensable pour Cécile, vain pour Ludovic : À expérience égale, les vécus sont souvent différents. De là à savoir qui a tort, qui a raison… « Un couple qui fonctionne, c’est un couple capable de surmonter les frictions. Avec le temps, certaines disputes peuvent prendre des tournures plus aiguës, de l’ordre de la crise. Dans ce cas, un peu d’air frais peut faire du bien » répond le psychiatre Jean-Paul Mialet. Mais plus qu’un break, ce spécialiste de la vie à deux prône davantage un éloignement temporaire. « Quelque chose du type : “Je pars quelques jours dans les Pyrénées, toi dans les Alpes” ». L’objectif : donner à chacun de l’espace pour repenser à soi, ses priorités et ressentir le manque de l’autre. « Prendre en outre conscience de la chance qu’on a d’avoir trouvé un partenaire de vie qui nous accompagne dans la vieillesse » insiste-t-il. Exilée en Suède, Sophie expérimente régulièrement ces petites bouffées d’oxygène devenues vitales depuis la naissance de son bébé. « Notre quotidien est parasité par une foultitude de petites tracasseries administratives. Inscription à la crèche, papiers à envoyer à l’assurance-maladie,… ces sujets s’invitent dans toutes nos conversations. Forcément, la vie de couple en prend un coup » confie cette designer avant de reconnaître que ses allers-retours en France lui permettent à chaque fois de réaliser combien elle tient à son mari.

Véritable prise de risque

« Si le couple s’est enferré dans une sorte de guerre, que trop de mauvais réflexes ont été pris, que les rancœurs s’accumulent au point de compromettre l’avenir du binôme, une pause peut s’imposer. Mais avec un risque : que l’un des deux protagonistes ne veuille pas revenir une fois les arrêts de jeu sifflés » prévient Jean-Paul Mialet. C’est précisément ce qui est arrivé à Anne, 49 ans. « Quand j’ai dit à mon mari qu’on avait besoin de faire un break, il a fait ses bagages et pris un appart’ à deux rues du mien pour rester près des gosses. Ça a duré comme ça plusieurs mois sans que l’on ne mette vraiment d’échéance. J’ai compris que l’entracte était terminé, et notre histoire avec, le jour où j’ai su qu’il s’était maqué avec une amie à moi ! » ironise cette ancienne journaliste.

Une décision qui doit se prendre à deux

« Pour espérer tirer profit d’une pause, il faut l’assortir d’un cadre précis : définir sa durée, indiquer la manière dont les protagonistes entreront en contact, évoquer la question de la jalousie avec des mots rassurants,… Mais le plus important : ne jamais opter pour cette solution sans l’accord de l’autre » insiste le psychologue Boris Charpentier. En d’autres termes, il faut viser le consentement mutuel. A défaut, le risque est grand de provoquer une psychose. « Quand Thomas (1) a pris son baluchon, je me suis effondrée. J’avais peur qu’il veuille en réalité me quitter. J’ai essayé de faire bonne figure devant mes filles mais c’était trop dur car je n’avais aucune prise ; je subissais sa décision » confirme Joséphine (1). « Lorsqu’il y a des enfants, il ne faut ni éluder le sujet, ni mentir. Il suffit de leur dire que papa et maman cherchent une issue pour remédier à leurs problèmes mais que ça n’altère en rien l’amour qu’ils leur portent » ajoute Boris Charpentier. Pour éviter d’en arriver à de telles extrémités, l’auteur de La vie, l’amour, le sexe, (2) Arthur Vernon, est formel : même quand tout va bien, il faut s’aménager des espaces de liberté histoire de « prendre conscience de toutes les contraintes que la société fait peser sur les épaules du couple et être ensuite capable de (mieux) les gérer ». À bon entendeur…

(1) Prénom changé
(2) Tabou Éditions

Source : Madame le Figaro (Fevrier 2017)


Qu’est ce qu’une pause dans une relation ?

Quand le couple traverse une crise majeure, souvent due à de nombreux points laissés en non-dits entre eux, la question d’une pause, d’une séparation provisoire se pose parfois.

 

Couple : faire un break

 

Cela permet d’éviter les conflits permanents tout en retraçant un chemin de relation viable.

Faire une pause est difficile parce qu’elle doit obéir à certaines règles qu’il est nécessaire de respecter. Ce n’est pas « on va vivre 6 mois séparément et on va voir si on s’aime toujours ».

Faire une pause est difficile parce que la différence entre une séparation temporaire et une séparation définitive est très ténue.

L’amour n’est pas magique. C’est un travail quotidien sur le « je » et sur le « nous ».

Une pause n’est pas une solution miracle. Une pause c’est un travail sur le « je » et sur le « nous ». Une pause est un engagement à essayer quelque chose dans le sens d’une réconciliation.

Si déjà cet engagement ne peut pas se prendre, alors autant ne pas commencer une pause, mais penser soit à une thérapie de couple profonde soit à une séparation.

Il ne faut pas se mentir.

Un pause réussie est une aventure qui peut vraiment valoir le coup.

Voici donc une démarche de travail pour une pause qui aura toutes les chances de réussir à retrouver le chemin d’une relation.

Démarche pour une pause réussie

1. Pourquoi ?

C’est la première chose à définir entre vous. Pourquoi avez vous envie et besoin de faire une pause ?

La réponse de chacun n’est pas forcément la même (a priori). Vous devez aller chacun au fond de la question pour trouver ce qui va faire votre unanimité. Et souvent, pour aller au fond de la question, il est nécessaire de poser 3 fois la question « Pourquoi »

Exemple 1

– Parce qu’on se dispute

– Parce qu’on ne sait pas se parler

– Parce qu’on ne s’écoute pas

Exemple 2

– Parce que je ne le supporte plus

– Parce qu’il m’énerve

– Parce que j’ai l’impression d’étouffer

Une fois défini le vrai « pourquoi » (même si les « pourquoi » sont différents), on passe à la deuxième réflexion.

2. Pour quel objectif ?

Vous devez avoir un ou deux buts pour cette pause. De la même façon que vous vous êtes posé la question « pourquoi », vous allez au fond de la question.

Finissez autant de fois que vous le souhaitez la phrase « Après la pause, j’aimerais… »

Au début de votre recherche, le but va peut-être sembler anecdotique « j’aimerais que tu ne jettes plus tes vêtements n’importe où » ou trop généraliste « j’aimerais que tu me fasses confiance » ou trop inaccessible « j’aimerais que tu travailles moins »

Mais ce n’est pas grave. Continuez à fouiller ce que vous voudriez et déterminez ensuite le ou les 2 objectifs essentiels.

Il faut une piste de travail sérieuse et réaliste. Cette piste vous allez ensuite la soumettre à votre partenaire qui doit chercher à comprendre ce que vous voulez. Chercher à comprendre veut dire ne rien laisser dans l’imprécision, tout en ne cherchant pas à se justifier.

Exemple :

Partenaire 1 – Après la pause, j’aimerais que tu arrives à m’écouter

Partenaire 2 – Après la pause, j’aimerais que tu me parles plus de toi et qu’on ait plus d’activités en commun

C’est une partie très difficile parce qu’un couple qui décide une pause est justement un couple qui n’a plus très envie de se parler et d’aller au fond des choses, chacun pensant que tout a été essayé.

Le mieux est évidemment de se faire aider pour cette phase par un tiers professionnel ou non.

3. Votre objectif personnel

Voilà encore une question sur laquelle vous devez vous pencher sérieusement. Pourquoi, personnellement voulez vous cette pause ?

Pour vous retrouver ? Cela veut quoi se retrouver ?

Pour avoir du temps pour vous ? Et qu’allez vous en faire de ce temps ?

Là encore, faites un travail de fond. Une véritable introspection vers vos besoins, vos envies, vos désirs. Votre réponse doit être précise et réaliste.

4. Les règles

Vous allez mettre en place des règles. Les mettre en commun et non les imposer à l’autre. Il faut arriver à un compromis.

Cela va énormément dépendre des modalités pratiques de la pause. Ces règles vont être très différentes d’un couple à l’autre. Mais sans règles vous allez tout droit à la séparation définitive.

Sans ou avec sexualité ? Sans ou avec contacts téléphoniques ? Combien de fois par semaine allez vous vous voir ? Quel jour de la semaine ? Où ? Pouvez vous allez chez l’autre ? Pouvez vous téléphoner n’importe quand ?

Il faut tout aborder car il faut tout borner.

5. Dater

Votre pause ne peut pas avoir de temps indéfini. Il faut, par respect pour vous et pour votre partenaire, vous mettre une date butoir.

Cette date sera l’occasion d’examiner la situation, de voir si vous continuez le break ou si vous reprenez une vie commune.

Si la pause se poursuit, alors vous devez vous reposer les mêmes questions : pourquoi ? dans quel but ? comment ?

Communiquer

Sans communication, la pause ira immanquablement vers la rupture. Le type de communication, le moyen, le moment est à programmer ensemble.

Au moins une à deux fois par semaine, même pour une communication de 5 minutes.

Communiquez régulièrement, périodiquement.

N’oubliez pas l’adage « Loin des yeux, loin du coeur »

6. Prenez du recul

Maintenant que le pourquoi a été défini, que vous savez ce que vous pensez vouloir vous même, que les règles du break ont été posées, que la communication est mise en place, pensez à vous.

Travaillez sur votre développement personnel. Pourquoi en être là ? Comment cela est il arrivé ?

Autrement dit, il est temps de regarder votre nombril après avoir tant défini ce que vous vouliez pour l’autre.

C’est une question de respect de soi, indispensable au respect de l’autre.

7. Respecter la pause

Là encore, attention, c’est la règle principale. Une pause est une tentative pour reprendre une vie commune à moyen terme. N’ayez pas d’activités qui ruineraient votre relation.

Si par hasard, au cours de cette pause, vous sentez que votre coeur s’en va ailleurs, soyez le plus honnête possible avec votre partenaire.

Conclusion sur la pause dans une relation de couple

On dit que 10% des couples qui se sont séparés se reforment.

On dit aussi qu’un tiers des rapprochements réussissent sur le long terme.

Autrement dit, réussir une pause est encore plus difficile que réussir une union. Mais c’est réalisable. Encore faut il s’en donner les moyens.

Si vous y pensez, tentez de vous faire aider. Les chances de réussite sont plus grandes, sans pour autant vous garantir le succès.

Source : http://psychologue-adultes-couples.com


Couple : on fait un break ?

A force d’être ensemble, on finit par se confondre. Sensation d’étouffement, manque d’autonomie… La crise est proche. Quatre couples se sont séparés. Pour mieux se retrouver ?

La parenthèse en solo ? Tout bon guide d’harmonie conjugale la recommande en cas d’avis de tempête, avant de rompre et de tout plaquer. Pour les enfants, bien sûr, mais aussi pour la petite étincelle toujours présente. Cette bouée de sauvetage en vue d’éviter le naufrage, certains couples finissent par s’y accrocher afin de continuer ensemble leur odyssée. Période de réflexion, appartement séparé pendant la semaine et maison commune le week-end, vacances chacun pour soi : les couples que nous avons rencontrés ont choisi de faire un break à leur façon. Leur point commun ? Résister à la rupture comme à l’usure.

Une parenthèse de réflexion

Elodie, 34 ans, vit depuis six mois dans son propre appartement, à proximité de celui de François, 38 ans, épousé voilà douze ans. « Quand nous avons décidé de nous marier et d’avoir des enfants, nous vivions déjà ensemble depuis quatre ans. Cette union s’est donc faite en parfaite connaissance de cause, et envisager la rupture sans tenter une parenthèse de réflexion était inconcevable. » Elodie et François ont longtemps travaillé ensemble dans une société de relations publiques qu’ils ont créée. Quand François se lance, avec succès, dans l’écriture de scénarios, Elodie se retrouve seule aux commandes de l’entreprise. « J’ai assumé, au-delà du supportable, mon travail, la maison, l’éducation des enfants pour permettre à François de se consacrer à ce qui s’est révélé pour lui une passion. Mais, au fond de moi, je l’ai vécu comme une trahison. » Tandis que l’un s’épanouit, l’autre ronge son frein et la relation se détériore. « L’aspiration des deux partenaires à l’autonomie est rarement vécue au même moment et avec la même intensité, constate le sociologue Jean-Claude Kaufmann. Souvent, ce sont les femmes qui s’investissent davantage dans la relation, tandis que les hommes ont un pied dehors. Du coup, celui qui est en décalage doit faire encore plus d’effort sur lui-même. »

Quand Elodie propose de partir habiter seule, François saute sur l’occasion. « Notre histoire était trop belle, dit-il. La laisser sombrer dans les jérémiades n’était pas digne de nous. » Psychothérapeute, Patrick Estrade accompagne souvent des couples qui optent pour cette forme de séparation et en connaît l’ambiguïté. « Proposer une mise à distance à son partenaire peut signifier qu’il reste encore quelque chose d’ordre amoureux. C’est une sorte d’anesthésie du couple en crise : elle doit permettre le travail de deuil du vieux duo qui ne veut pas mourir, et l’avènement d’une relation neuve. Mais cette proposition peut aussi cacher de la lâcheté. On joue à se séparer pour s’habituer, avant de rompre pour de bon. »

Elodie ne se berce pas d’illusion. « C’est un constat d’échec, mais on prendra le temps qu’il faudra pour réfléchir. Je commence tout juste à apprendre à vivre seule. Et je balance sans cesse entre l’autocritique – Quels sont mes torts ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? – et la recherche éperdue de mes propres désirs. Mes sentiments envers François ? Estime, profonde complicité, enfants qui nous lient à jamais. Le reste, je ne sais plus… » Cette parenthèse offre à chacun la possibilité de se reconnecter à lui-même, de tester sa capacité d’autonomie et de mesurer son degré d’attachement à l’autre. Individuellement, le bénéfice est réel. Malgré la souffrance. Mais quel est l’intérêt pour le couple ? « Décider d’une période transitionnelle est une sage et intelligente résolution, répond le thérapeute de couple Alain Delourme. Au lieu de céder à une impulsion première – on ne s’entend plus, adieu ! – on prend le temps de faire un véritable choix : revivre ensemble et s’aimer à nouveau, rester seulement les parents des enfants, ou bien se séparer définitivement mais dans de bonnes conditions. Attendre sans bouger, dans la frustration, c’est le plus dangereux : quand la crise advient, tout est déjà cassé et ça se passe mal. »

Ensemble, le week-end seulement

Avocats, mariés en secondes noces depuis dix-huit ans, Inès et Bertrand, la cinquantaine tous les deux, ont institué une « non-cohabitation hebdomadaire » : ils ne se voient que le week-end. C’est la base de leur nouveau contrat, après une année de séparation. Ils possèdent trois résidences : deux studios à Paris et une maison familiale près d’Orléans. « C’est un luxe, mais nous prenons peu de vacances en dehors de la maison, qui est notre point de ralliement, explique Inès. Nos trois enfants adolescents, dont deux sont issus du premier mariage de Bertrand, y vivent, et c’est là-bas également que nous partageons notre passion commune : les chevaux. »

Présents trois ou quatre jours par semaine à Paris, Inès et Bertrand passent des nuits entières, chacun de leur côté, à potasser leurs dossiers. « L’autre est une gêne, poursuit Inès. Notre but : gagner notre vie dans un court délai et rentrer le plus vite possible à la maison. Et puis, à Paris, je vis comme une adolescente : en désordre, en chaussettes, et en me nourrissant d’un yaourt. » Bertrand approuve cette formule : « Sans ce tempo hebdomadaire d’indépendance, notre couple n’aurait pas résisté. »

Il y a dix ans, en effet, Inès et Bertrand ont traversé une période houleuse. Il avait une liaison, elle a quitté l’appartement commun pour s’installer dans un studio. Leur séparation a duré un an. « Cette année nous a été profitable, résume Inès. Elle nous a permis d’aménager notre relation en respectant les aspirations de chacun. » Mais encore ? « Avant, j’aimais Bertrand comme s’il était mon semblable. Aujourd’hui, j’ai pris la mesure de sa différence. Pour moi, c’est à la fois déstabilisant et constructif : je l’aime mieux. » Bertrand, lui, est plus pragmatique : « Quand on sent son second mariage partir en quenouille comme le premier, on se dit qu’il y a quelque chose en soi qui ne va pas. Du coup, je me suis tourné vers les philosophies orientales, la méditation. J’ai cherché en moi une stabilité. Aujourd’hui, je ne demande plus à mon couple de résoudre tous mes problèmes. »

« La non-cohabitation est caractéristique du malaise des couples contemporains, note Jean-Claude Kaufmann. La société pousse les individus à être eux-mêmes, à se réaliser, ce qui est contradictoire avec la vie de couple, où l’on a tendance à s’oublier à deux. Mais ce besoin de respiration ne correspond pas nécessairement à une aspiration à la désunion. C’est une façon de prendre de la distance pour retrouver une relation plus décontractée, plus authentique. Le réglage est délicat et non dénué de risques : la non-cohabitation renforce l’individualité de chacun à tel point que le couple risque de ne plus pouvoir la contenir. Et l’un des deux partenaires peut rencontrer une autre personne. » Patrick Estrade, quant à lui, décèle trois cas de figure : « Certains couples choisissent cette solution par esthétique de vie. C’est une situation peu fréquente, car cela suppose de compenser l’éloignement émotionnel par une véritable proximité d’âme. Ce fut le cas, par exemple, de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre. D’autres la subissent, parce qu’ils sont en pleine crise. Enfin, il y a ceux qui la vivent de fait parce qu’il ne se passe plus rien entre eux. »

Vacances séparées

« Pendant des années, Caroline et moi sommes revenus de vacances avec la ferme intention de divorcer », se souvient Vincent, 37 ans, qui aime depuis plus de treize ans sa femme, professeur d’anglais. La vie quotidienne pose pourtant peu de problèmes à ce gérant de salon de coiffure. Seul sujet de friction : les loisirs. « Pour moi, les vacances, c’est faire le lézard avec un bon bouquin. » Caroline, elle, ne tient pas en place : « J’aime ce temps sans contraintes, et je n’ai aucune envie de m’interroger sur les désirs de l’autre ou sur ses réticences. En sortant du quotidien, de l’ordinaire, je me mets un peu en danger et je retrouve mes instincts, mes désirs profonds. »

Il y a six ans, Vincent se casse la jambe. « Une vraie bénédiction ! J’ai loué une maison et je suis resté tranquille deux moisavec ma fille pendant que Caroline explorait le Bhoutan. » Depuis, ils ont décidé de passer les vacances chacun de leur côté. « Laisser Vincent tranquille est aussi une preuve d’amour », assure Caroline. « La retrouver est une fête… et un soulagement », convient Vincent, que la jalousie vient parfois chatouiller sous son parasol. Un sentiment qu’il tente de tenir à distance en comprenant les frustrations de Caroline : « Elle a élevé ses deux frères à la mort de ses parents. C’est comme si elle avait besoin de vivre un peu de cette adolescence qu’on lui a volée. » Pour l’instant, Vincent patiente. « Quand j’en aurai assez, je lui demanderai un deuxième enfant. »

Cette façon d’entrecouper une cohabitation sécurisante par des temps de respiration et de plaisir individuels permet-elle de désamorcer la monotonie qui menace les couples ? « Les célibataires expliquent souvent que choisir de prolonger la vie en solo, c’est préserver l’adolescence, constate Jean-Claude Kaufmann. La vie est plus ouverte, plus légère. Quand la vie de couple paraît trop confortable, celui-ci peut être vécu comme une petite mort. En s’offrant un peu de folie, les partenaires cherchent une vibration : ils veulent se prouver qu’ils sont vivants, encore jeunes. »

L’un à la ville, l’autre à la campagne

Cette vibration, Laurence et Arnaud, 42 ans tous les deux, la revendiquent également. Leurs retrouvailles sont souvent « des moments passionnés ». Pourtant, l’origine de leurs parenthèses n’a rien de ludique. « Nos disputes ont toujours reposé sur des conflits de territoire », reconnaissent-ils après dix-neuf ans de vie commune. Sculpteur, Vincent a besoin de son espace. Directrice de marketing, Laurence est farouchement indépendante. A tel point qu’elle s’est installée avec Arnaud seulement « la veille de la naissance de notre premier enfant », quatre ans après leur rencontre. La cohabitation tant redoutée s’avère difficile. Méridional d’origine, Arnaud déprime à Paris. « J’avais l’impression de vivre avec un exilé, tant les couleurs et les lumières du Sud lui manquaient », se souvient Laurence. Depuis neuf ans, Arnaud passe les quatre mois d’été et quelques semaines en intersaison dans une petite maison des Cévennes qu’il a retapée. Un éloignement pas toujours idyllique, que le couple compense par des heures de discussion au téléphone. Mais pour Laurence, c’est une nécessité absolue : « Obliger Arnaud à vivre un quotidien frustrant alors que j’étais dans l’impossibilité de changer de lieu de travail représentait un risque encore plus grand pour notre relation amoureuse. »

« Aimer, c’est reconnaître l’autre comme une personne différente de soi », confirme Patrick Estrade. Le break idéal ? « C’est quand chacun est content de partir et heureux de revenir. Si le couple est d’accord, cette séparation crée une véritable oxygénation du lien. » Etre ensemble sans se confondre… Autant de couples, autant de cas de figure qui illustrent la tendance à l’indépendance cernée par le sociologue Serge Chaumier dans La Déliaison amoureuse (Armand Colin, 1999): « La figure repoussoir étant la relation fonctionnaire, dans laquelle la présence de l’autre est un dû. »« A chaque couple d’identifier son juste éloignement, suggère Patrick Estrade. Car sans proximité, je ne peux pas être ému, et sans distance, je ne peux pas être étonné. » Une acrobatie subtile.

Harmonie: L’avènement du couple fussionnel

1- “La Déliaison Amoureuse” (Armand Colin, 1999).

Au désir de fusion, hérité du romantisme encore omniprésent dans les idéaux amoureux, s’oppose aujourd’hui l’exigence d’indépendance des deux entités qui forment le couple. De cette antinomie émerge la tendance à la « fission amoureuse » décrite par le sociologue Serge Chaumier (1). Famille éclatée, recomposée, couple « open », habitat séparé, font apparaître de nouveaux « modèles socio-affectifs » dont la motivation, n’en déplaise aux moralistes, n’est pas le manque d’amour, mais son contraire. « C’est l’exigence d’amour qui compte plus que tout, analyse Serge Chaumier. Les partenaires doivent apprendre à vivre l’un sans l’autre et l’un avec l’autre. A respecter l’identité de son partenaire et ses choix, à prendre en charge une vie autonome tout en sachant ménager des points de rencontre pour une vie en commun. Le couple n’est pas ce refuge sécuritaire dans une société agressive… Il est plutôt une ancre qui sert de point de repère pour aller vers les autres. Certaines escales se font en solitaire, d’autres traversées de concert. Toutes les harmonies sont possibles. »

Ensemble : Oui, mais chacun chez soi

D’après une enquête de l’Ined (Institut national des études démographiques) datant de 1994, moins de 2 % des personnes se déclarant en couple n’ont jamais vécu ensemble de façon permanente. Le double domicile est fréquent chez les couples non mariés et concerne 8 % des unions en cours. Seulement 1 % des couples mariés ont choisi cette façon de vivre, contre 7 % des deuxièmes unions. Comme si une première expérience de la vie conjugale incitait davantage à faire ensuite habitat séparé.

Source : Psychologies

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