(Maj) Prêt à penser : à qui appartient la presse française ?

Ils sont en France une simple poignée de magnats à se disputer journaux, radios et chaines TV du pays… (NDLR : Réussiront-ils à fabriquer une opinion publique conforme à leurs intérêts et ceux de leurs maitres ?)

Ils sont à la tête d’empires dans l’industrie, les télécommunications, la communication ou encore l’Internet. Ils se disputent les principaux journaux, télévisions et radios du pays comme dans une gigantesque partie de Monopoly. « La presse se concentre comme tous les marchés matures, et cela entraîne une recomposition du paysage médiatique », décrit au journal Le Monde l’historien des médias Patrick Eveno, notant l’irruption de nouveaux acteurs, notamment d’industriels des télécoms, qui « ont de gros moyens financiers ». Tour d’horizon de ces magnats des médias.

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NDLR : Ils sont à la fois annonceurs et propriétaires de journaux, ces lobbys doublement financeurs voire également ‘guides’ politiques  peuvent sans problème imposer une ligne politique donc financièrement contrôler les éditoriaux en omettant, déformant, diluant l’information, soutenir ou détruire un politique, un artiste… et ils ne s’en privent pas..! Et puis, qui de mieux que soi pour défendre ses propres intérêts aux yeux d’un public que l’on s’emploie à formater jour après jour ?

Patrick Drahi, 52 ans, est l’investisseur tous azimuts du moment. L’homme d’affaires franco-israélien, qui a lancé en 2013 la chaîne d’information internationale i24News en Israël, a depuis racheté Libération mais aussi le groupe L’Express et BFM TV. À la tête du groupe de télécommunications Altice et de Numéricable-SFR, sa fortune est estimée à 18,6 milliards de dollars.

Vincent Bolloré, 63 ans, industriel français PDG du groupe éponyme, défraye la chronique depuis la rentrée 2015. Président du conseil de surveillance depuis 2014 de Vivendi, propriétaire de Canal +, le Breton a profondément remanié la grille et l’état d’esprit de la chaîne cryptée. Le milliardaire a notamment placé ses proches aux postes à responsabilité et empêché la diffusion d’un documentaire sur le Crédit Mutuel et la fraude fiscale.

Xavier Niel, 48 ans, est le fondateur d’Illiad, groupe de télécommunications français, maison mère du fournisseur d’accès à Internet Free. En juin 2010, il s’est associé à Pierre Bergé et Matthieu Pigasse pour prendre le contrôle du quotidien Le Monde. C’est la 9ème fortune de France avec un patrimoine de 10,3 milliards de dollars.

Bernard Arnault, 66 ans, est le propriétaire et PDG du groupe de luxe LVMH. Deuxième Français le plus riche du monde (29 milliards de dollars) derrière sa compatriote Liliane Bettencourt, l’homme d’affaires possède également le groupe Les Echos. En mai 2015, il a fait part de sa volonté de racheter le quotidien Le Parisien au groupe Amaury pour 50 millions d’euros.

Arnaud Lagardère, 54 ans, héritier du groupe Lagardère, dit vouloir se concentrer désormais sur ses titres les plus influents, dont le Journal du dimanche, Paris Match ou encore Elle. Ainsi qu’ Europe 1 en matière d’audiovisuel. Arnaud Lagardère possède également RFM, Virgin Radio, Public ou encore Télé 7 Jours.

Serge Dassault, 90 ans, PDG du groupe industriel Marcel Dassault et sénateur Les Républicains (LR) de l’Essonne possède le Groupe Figaro, comprenant les magazines Le Figaro Magazine ou Madame Figaro. Rentable ces dernières années, le groupe estimait avoir la taille critique nécessaire et se concentre désormais sur la numérisation. Il a toutefois cherché récemment à acquérir des titres spécialisés de L’Express-Roularta ou à obtenir une fréquence de télévision TNT en Ile-de-France.

Source :Arte TV (Novembre 2015)

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Lagardère Active est le pôle audiovisuel du groupe Lagardère SCA, dirigé par Arnaud Lagardère. Le groupe rassemble des activités d’édition (Stock, Fayard, Grasset, Larousse…), de distribution (points de vente Relay), d’entertainment et de presse. Lagardère Active est présent sur tous les types de médias avec Europe 1, “Le Journal du Dimanche”, “Elle”, “Paris Match”, “Public”, “Télé 7 Jours”, Gulli…

Patrick Hurbain est à la tête du groupe Rossel, fondé par Pierre-Emile Rossel, depuis 2001. Le groupe belge (qui possède notamment de l’autre côté de la frontière le quotidien “Le Soir”) est le propriétaire d’une pléiade de journaux de presse régionale dans le nord-est de la France. “La Voix du Nord”, évidement, avec ses satellites (“L’avenir de l’Artois”, “Le Courrier picard”, “Nord Éclair”, “Nord Littoral”, “L’Echo de la Lys”…), mais également “L’Union”, “L’Ardennais”, “L’Est-Éclair” et “Libération Champagne”.

Patrick Drahi est le petit nouveau du paysage médiatique français. Mais il a un appétit d’ogre. Président-fondateur du consortium luxembourgeois Altice, spécialisé dans les télécommunications et les réseaux câblés (Numericable, SFR, …), il “sauve” “Libération” en 2014, en injectant plusieurs millions d’euros dans le journal, dont il partage les parts avec Bruno Ledoux, puis rachète les magazines le groupe Express – Expansion (“L’Express”, “L’Expansion”, “Mieux vivre votre argent”, “Point de vue”, “Lire”, “Studio Cinélive”…) Dans les deux cas, son entrée au capital s’accompagne d’un plan social et de rapports compliqués avec les salariés. Le nouveau magnat est également à la tête de la chaîne d’information en continu israélienne i24news, disponible en France et en Français.

Le groupe Bolloré, dirigé par Vincent Bolloré, est essentiellement présent dans les transports et la logistique. Néanmoins, avec sa participation dans Vivendi, dont il est le premier actionnaire (Vincent Bolloré est même le président du conseil de surveillance), le groupe Bolloré est entré avec fracas sur la scène médiatique. Le groupe Canal + (Canal +, iTélé, D8, D17, …) en a été transformé cet été. Et pour la première fois, un cas de censure avéré d’un documentaire a suscité d’importants débats, au point que la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, planche désormais sur une évolution de la loi sur l’indépendance dans les médias. Le groupe Bolloré est également co-propriétaire de “Direct Matin”, à hauteur de 70%. Le titre est réalisé en partenariat avec “Le Monde”, dont le groupe possède 30%.

L’État français est l’unique actionnaire de France Télévisions et de Radio France. En revanche, l’Agence France-Presse n’est pas une propriété de l’Etat. Son statut lui interdit même d’être subventionnée directement par lui, ce qui mettrait en doute son indépendance (!). Elle dépend donc de ses seules ressources commerciales… (NDLR : mais 40% de son chiffre d’affaires provient des abonnements de nombreux services publics, donc de l’État (ajoutons également les fonds européens) , voilà construite une Agence Française de Propagande via laquelle ses servants viendront effectuer leurs copier/coller quotidien de dépêches et d’articles pré-mâchés, du prêt à penser à faire défiler sur les bandeaux de BFM-TV et consoeurs…).

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Le Groupe La Dépêche est dirigé par le Président du Parti radical de gauche et ancien président du conseil général du Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet (NDLR Mais c’est pas politique…). Outre son titre phare, “La Dépêche du Midi”, le groupe compte également “La Nouvelle République des Pyrénées” et devrait accueillir prochainement les “Journaux du Midi” (“Midi Libre”, “L’indépendant”, “Centre Presse Aveyron”, “Le Journal de Millau”), dont Jean-Michel Baylet a officialisé le rachat en juin 2015.

Le Groupe Hersant Média, dirigé par Philippe Hersant, est né en 1985 de la division du groupe Hersant en deux entités, pour échapper à la loi sur la concentration de la presse. Le groupe détient actuellement de nombreux journaux outre-mer : “France Antilles”, “France-Guyane”, “La Dépêche de Tahiti”, “Les Nouvelles de Tahiti”, “Journal de l’île de La Réunion” et “Les Nouvelles calédoniennes”. Géant de la presse régionale il y a quelques années, le groupe a depuis cédé de nombreux journaux : “L’Union de Reims”, “Paris-Normandie”, “L’Ardennais”, “L’Est-Éclair”, “Libération Champagne” et “L’Aisne nouvelle”, sous la pression des banques en 2012, puis “La Provence” à Bernard Tapie en 2013 et enfin le Groupe Nice-Matin (“Nice-Matin”, “Var-Matin” et “Monaco-Matin”) et “Corse-Matin” en 2014.

Bertelsmann est un groupe allemand, détenu par Elisabeth Mohn. L’entreprise est l’un des plus gros groupes de médias du monde. Elle est divisée en quatre branches : le groupe de presse Gruner + Jahr (dont Bertelsmann possède 75% des parts), la maison d’édition Random House, RTL Group (dont Bertelsmann possède également 75% des parts) et Arvato. Entre RTL Group et Prisma Média, filiale de Gruner + Jahr, Bertelsmann possède donc en France RTL, M6 info, “Geo”, “National Geographic”, “Capital”, “Télé Loisirs”, “VSD”, “Voici”, “Gala”, “Femme Actuelle”

Xavier Niel et ses acolytes Pierre Bergé (NDLR : Milliardaire, ex compagnon de Bernard Buffet et d’Yves Saint Laurent, défenseur de la “cause homosexuelle”, Propriétaire du magazine “Têtu”, financeur de la campagne de François Hollande en 2012 redevable du mariage pour tous qui fut la première priorité politique du quinquenat…) et Matthieu Pigasse ont racheté le groupe “Le Monde” en 2010. (NDLR, Les 3 compères + le célèbre BHL Bernard Henri Levy formant son directoire). Quatre ans plus tard, ils rachètent “Le Nouvel Observateur” et ses satellites à Claude Perdriel. Le groupe réunit ainsi maintenant “Le Monde”, “Télérama”, “La Vie”, “Le Huffington Post”, “Courrier international”, “L’Obs”, Rue89, Le Plus…

Cinquième fortune de France en 2015, le sénateur Serge Dassault, 90 ans, est le propriétaire du groupe Dassault (Dassault Aviation, etc.) et donc de sa branche media, le Groupe Le Figaro. Outre “Le Figaro”, le groupe de Serge Dassault s’est offert il y a quelques jours CCM Benchmark (Copains d’avant, le Journal du Net, l’Internaute ou encore Comment ça marche) et devient le leader des médias français avec 25 millions de visiteurs uniques sur le Web et 12,5 millions sur le mobile.

Martin Bouygues et le principal actionnaire du Groupe TF1, construit autour de TF1, la première chaîne européenne en termes d’audience et de masse salariale. Le groupe possède également LCI et une pléiade de chaînes de la TNT (NT1, HD1, TMC, …). Dans son escarcelle, on retrouve également le quotidien gratuit “Metro”.

Le groupe La Provence appartient à Bernard Tapie depuis 2013. Outre “La Provence”, le groupe a racheté “Corse-Matin”. Depuis, la société des journalistes de “La Provence” a déploré les “attaques régulières” de son principal actionnaire contre la rédaction du quotidien. On se souvient notamment de ses critiques après les élections municipales : “80 % de la rédaction de ‘La Provence’ était à gauche. Ils ont fait une campagne municipale vraiment pas objective, ils l’ont faite en faveur de Mennucci.”

Le groupe Bayard Presse est la propriété de la congrégation religieuse catholique des Augustins de l’Assomption, fondé par le père Emmanuel d’Alzon en 1845. C’est encore lui qui lancera “Le Pèlerin”, en juillet 1873. Outre ce titre, le groupe possède “La Croix”, “Notre temps”, de nombreux titres de presse jeunesse (“Popi”, “Pomme d’Api”, “Astrapi”, “Phosphore”, “J’aime lire”…) et des magazines régionaux sur la nature (Alpes Magazine, Bretagne Magazine, etc.).

NextRadioTV a été créé en décembre 2000 par Alain Weill. Il en est le principal actionnaire. La principauté de Monaco possède également des parts de la société, qui regroupe notamment RMC, BFM TV, BFM Business, mais aussi Sport.

Le Groupe Sud-Ouest est détenu à 80% par la famille Lemoîne et alliés, via la Société civile bordelaise de gestion (Socibog). Si son fer de lance est évidemment le quotidien “Sud-Ouest”, le groupe possède également la “Charente libre”, “Dordogne libre”, “La République des Pyrénées” et “Pyrénées Presse”. Officiellement encore propriétaire des “Journaux du Midi” (“Midi libre”, “L’indépendant”, “Centre Presse Aveyron”, “Le Journal de Millau”), il négocie leur vente au Groupe “La Dépêche du Midi” de Jean-Michel Baylet. L’acquisition totale est chiffrée à 15 millions d’euros. Il y a huit ans, le Groupe Sud-Ouest avait acheté les “Journaux du Midi” 90 millions d’euros…

Bernard Arnaud, deuxième fortune de France derrière Liliane Bettencourt, est l’actionnaire principal du groupe de luxe LVMH (Louis Vuitton – Moët Hennessy, propriétaire de Guerlain, Louis Vuitton, Kenzo Parfums, Bvlgari…), via sa holding Christian Dior. Le groupe est le propriétaire du quotidien économique “Les Echos”, mais négocie actuellement le rachat du “Parisien”“Aujourd’hui en France” au groupe Amaury, pour une somme “supérieure à 50 millions d’euros”. “LVMH s’est imposé comme le meilleur actionnaire potentiel pour donner au ‘Parisien’ les moyens de son développement, après une phase de redressement sans précédent”, assure Philippe Carli, le directeur général du groupe Amaury.

François-Henri Pinault, fils de François Pinault, a hérité de la présidence du Groupe Artémis en 2003. “Artémis est l’actionnaire de contrôle de Kering, l’un des leaders mondiaux de l’habillement et des accessoires dans les secteurs du Luxe et du Sport & Lifestyle” (Gucci, Balenciaga, Puma, Cobra…), peut-on lire sur le site internet. “Artémis détient également la maison de ventes aux enchères Christie’s et le vignoble de Château Latour. Le total des actifs consolidés du groupe Artémis s’élève à plus de 30 milliards d’euros.” Côté presse, le Groupe Artémis possède “Le Point” et “L’Agefi”.

Si François Régis Hutin, fils du fondateur de “Ouest-France” Paul Hutin-Desgrées, est le président du directoire du quotidien régional “Ouest-France”, il n’en est plus, officiellement, le propriétaire. “Ouest-France” (le quotidien le plus lu en France) appartient en effet au groupe Sipa – Ouest France, lui-même propriété de… l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste ! Une association de type loi de 1901, fondée en avril 1990,voulue par François Régis Hutin, pour mettre son journal à l’abri d’un rachat : “Cette association est la gardienne du temple. Le temple, c’est l’esprit du journal.” “Nous sommes une association à but non lucratif et ne distribuons pas de dividendes. Il n’y a pas d’actions. Ce montage a rendu caduque toute spéculation capitalistique et mis hors d’eux les patrons de presse.” L’association est présidée par Jacques Duquesne. Outre “Ouest-France”, son titre phare, le groupe compte plusieurs journaux de presse régionale : “Le Courrier de l’Ouest”, “Le Maine libre”, “Presse-Océan”, “La Presse de la Manche”, mais également, via sa filiale Publihebdos, “Le Courrier de Mantes”, “Le Courrier des Yvelines”, “La Gazette du Val-d’Oise”, “L’Eclaireur Brayon”, “Le Réveil de Neufchâtel”, “Côté Quimper”, “La Croix du Nord”, etc… Moins connu, le groupe Sipa – Ouest-France est également propriétaire, via sa filiale Spir Communication, du quotidien gratuit “20 Minutes”.

Le Groupe Amaury, propriété de la famille Amaury, est présidé par Marie-Odile Amaury, belle-fille du fondateur du “Parisien libéré”, Emilien Amaury. Le groupe possède actuellement “Le Parisien” – “Aujourd’hui en France” (mais négocie actuellement pour revendre le titre au groupe de luxe LVMH), “L’Equipe” et “France Football”.

Michel Lucas, président de la Confédération nationale du Crédit mutuel, est, sans en être le propriétaire (ce sont les 30,1 millions de clients-sociétaires), à la tête de l’un des plus grands groupes de presse régionale, qui s’étend de Metz à… Avignon, en passant par Strasbourg, Dijon et Lyon, et compte un nombre impressionnant de titres : “L’Alsace”, “Les Dernières Nouvelles d’Alsace”, “Le Républicain lorrain”, “Le Bien public”, “Le Dauphiné”, “Le Journal de Saône-et-Loire”, “Le Progrès”, “L’Est républicain”, “Vosges matin”, “Vaucluse Matin”… Une concentration dénoncée par plusieurs journalistes du groupe, qui pointent notamment une mutualisation des contenus. Un article rédigé par un journaliste du “Bien Public” peut ainsi se retrouver dans les pages… du “Progrès”.


Subventions d’État (2013) : Une presse française sous perfusion placée également sous le joug de ses annonceurs (publicité), autres grands groupes industriels…

Les montants des subventions (NDLR : Via nos impôts..) versées aux journaux de la presse écrite ont été publiés par le ministère de la Culture en décembre 2013. Voici le classement, dont l’ordre est défini en fonction du montant total de l’aide. N’oublions pas les aides indirectes ou subventions déguisées conclues sous forme d’abonnements annuels multiples et tacite reconduction par les mairies (bibliothèques, cabinet du Maire, etc.), autres collectivités et assemblées dontles administrations gouvernementales (Préfectures, Ministères, etc.) et leurs officines…

Le Monde : 18 685 441 €
Le Figaro : 18 263 664 €
Ouest France : 11 901 309 €
La Croix : 10 722 591 €
Telerama : 10 366 035 €
Libération : 10 071 968 €
Aujourd’hui en France : 9 332 798 €
Le Nouvel Observateur : 9 320 731 €
L’Express : 7 278 722 €
Télé 7 jours : 6 925 596 €
L’Humanité : 6 329 432 €
Paris Match : 5 442 567 €
Télé Star : 4 947 014 €
Le Progrès : 4 917 806 €
La Nlle République du Centre : 4 845 159 €
Le Point : 4 842 438 €
La dépêche du Midi : 4 641 261 €
Sud Ouest : 4 592 920 €
Le Parisien : 4 574 725 €
Télé Loisirs : 4 563 698 €

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NDLR : La presse n’est pas sous contrôle, elle est libre, on vous le répète à longueur de journée ! Finalement, le prêt à penser existe autant dans  l’actualité quotidienne (filtrée et réduite en France pour la TV : aux faits divers, au bistro politique et ses mots de comptoirs, aux people, au sport et la météo du terroir…) que dans le domaine de la santé piloté par les lobbys depuis Bruxelles jusqu’à votre pharmacien, les agences d’état, les organisations internationales et leurs comités d’experts soit disant toujours indépendants… La vraie information n’est plus à rechercher sur une TV abêtissante mais sur internet en commençant par confronter les sources d’informations incluant les sources étrangères provenant d’autres agences, de sites alternatifs et d’organisations ou d’associations de terrain non financées ou dirigées par des lobbys y compris politiques. Chacun possède les capacités de se ré-informer et de forger finalement SA propre opinion.

Subventions 2015 (.xls) Télécharger   Source : data.gouv.fr

Source des portions d’articles : L’Obs


Propagande: Ils ont acheté la presse

Du « J’accuse » au « J’achète »

« Au final, l’essentiel de la presse d’opposition est passée au fil des ans, sans l’assumer, du rôle de porte-parole des descendants historiques du “J’accuse !” à chambre d’écho des partisans du “J’achète !” En deux mots, la presse de gauche s’est vendue. Au pouvoir étatique d’une part et à des financiers politisés d’autre part, c’est-à-dire finalement aux mêmes, dans la durée. Mais elle n’a pas seulement abdiqué son idéal à cette occasion. Elle a […] voulu présenter ces évolutions comme un succès de sa profession, une garantie d’indépendance, oubliant un peu vite que c’étaient justement les financiers qui venaient de mettre le monde au bord du gouffre ».

La fête aux « dealers d’opinion »

Décidément, c’est la fête aux « dealers d’opinion » ! Après La Tyrannie médiatique* en 2008, Les Editocrates** en 2009, Les Médias en servitude*** début 2012 et on en oublie sans doute, c’est Benjamin Dormann qui, dans Ils ont acheté la presse****, sonne la charge contre les journaux vendus à un grand capital dont un bon peuple les croit pourtant les plus farouches adversaires.

A travers trois cas emblématiques, ceux du Monde, du Nouvel Observateur et de Libération, l’auteur étudie dans les moindres détails et chiffres à l’appui la déchéance de ces organes. Menacés de naufrage malgré les aides constantes — et considérables : jusqu’à 60 % du chiffre d’affaires selon le rapport Cardoso — prodiguées par les gouvernements successifs, y compris et surtout ceux auxquels ils étaient les plus hostiles selon l’adage Oignez vilain, il vous poindra —, ils ont fini par confier leurs destinées aux barons de la Haute Banque et aux hérauts du super capitalisme le plus cynique.

Les banques Rothschild et Lazard à la tête de « Libération » et du « Monde »

Relatant le 16 avril l’inhumation du grand polémiste, et ancien vice-président du Front national, François Brigneau, le Bulletin de réinformation, diffusé le 16 avril par Radio Courtoisie, pouvait ainsi ironiser : « Les journalistes d’extrême gauche Abel Mestre du Monde et Christophe Forcari de Libération hantaient les allées du cimetière. Il s’agissait, pour ces professionnels sycophantes de vérifier si Jean-Marie Le Pen était là. Car la présence du vieux chef aurait pu fournir l’occasion d’une petite campagne de diabolisation contre sa fille, Marine… De l’au-delà, François Brigneau a dû sourire de cette comédie humaine. Voir deux salariés de la banque Lazard, propriétaire du Monde, et de la banque Rothschild, propriétaire de Libération, obligés de suivre son cercueil, quel succès posthume ! »

On ne saurait mieux résumer l’ambiguïté, voire l’imposture, de ces quotidiens s’efforçant de soutenir leur réputation d’anticonformisme et de défenseurs de l’humanité souffrante alors qu’ils sont en réalités les serviteurs de la finance et des intérêts mondialistes comme on l’a vu encore tout récemment lors de la crise libyenne.

Ces grands pacifistes ont en effet soutenu à grands cris, sous prétexte de défense des droits de l’homme, l’intervention de l’OTAN, bras armé du lobby pétrolier international. Une intervention qui risque de provoquer la « somalisation » de la Libye et a déjà provoqué un indescriptible chaos au Mali où la communauté internationale fait face à « un péril d’une extrême gravité » comme l’a reconnu plus tard le ministre des Affaires étrangères de l’époque Alain Juppé.

Presse de gauche et mépris du peuple

Mais comment en sont-ils arrivés là ? Pour Benjamin Dormann, ancien journaliste économique, si la presse de gauche a connu une telle hémorragie de lecteurs que les faillites s’y sont succédé — on rappellera celles du Populaire, du Matin de Claude Perdriel, de L’Evénement du jeudi oudu Globe de Pierre Bergé — c’est en raison de son mépris pour le peuple dont elle se prétend l’interprète mais ne relaie jamais les véritables aspirations. Le credo de Globe, exprimé dès le premier numéro par Bernard-Henri Lévy ne constituait-il pas d’ailleurs une véritable déclaration de guerre au peuple français puisque BHL écrivait sans détours : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, béret, bourrées, binious, bref, franchouillard ou cocardier, nous est étranger, voire odieux ? »

La « French Kahnnextion »…),

Cette presse a aussi été victime : de ses choix politiques d’abord ainsi qu’en témoigne son admiration hystérique pour le millionnaire cosmopolite Strauss-Kahn (qu’elle tenta par tous les moyens de sauver après sa mésaventure du Sofitel de New York, jusqu’à nier l’évidence avant de rejeter sans gloire le directeur du FMI après que preuve eut été apportée de ses stupres… dont toute la médiaklatura était informée depuis des années) ; mais aussi de son asservissement à la publicité qui « symbolise l’aliénation au système de consommation qu’elle [la presse de gauche] aimerait pouvoir dénoncer »… sans jamais oser le faire.

Emaillé de portraits féroces (ceux de Denis Olivennes, le grand homme du Nouvel Obs’, ou de Matthieu Pigasse, patron de Lazard et nouveau maître du Monde après avoir organisé le rachat de Libération par le banquier Edouard de Rothschild, citoyen israélien depuis août 2010, valent le déplacement), émaillé d’heureuses formules : « La soupe aux sous », la « French Kahnnextion »… Ils ont acheté la presse est à lire par tous ceux qu’intéresse et surtout inquiète la folle dérive médiatique. En sept chapitres et 340 pages avec index, cette étude vient heureusement compléter les publications de la Fondation Polémia.

Source : Prechi-Precha (2012)

* Disponible au prix de 10 € (15 € franco) à Polémia, 60 ter rue Jean-Jacques Rousseau, 92500 Rueil-Malmaison

** Par M. Chollet, O. Cyran, S. Fontenelle et M. Reymond. Ed. La Découverte/Pocket, octobre 2009, 196 pages, 12,50€. Voir http://www.polemia.com/search.php

*** Par Claude Lorne. Disponible gratuitement sur Internet : http://www.polemia.com/pdf_v2/media-servitudes.pdf ou au prix de 10 € (15 € franco) à Polémia, adresse ci-dessus.

**** Ed. Jean Picollec, 47 rue Auguste Lançon, 75013 Paris. 23 € ou 28 € franco.

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MAJ Avril 2017

Le pouvoir d’influence délirant des dix milliardaires qui possèdent la presse française

Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine… Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme de la presse ? Résumé d’une situation critique, à l’occasion de la campagne #LibertéEgalitéInformés.

À qui appartient la presse française ?

Le secteur de la presse en France est un grand Monopoly. Tout s’achète, tout se vend, les journaux, les télés, les radios. Quelques milliardaires se partagent le gâteau. Résultat : 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour appartiennent à 10 oligarques ! D’après les calculs de Basta !, les mêmes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement 55% et 40% des parts d’audience [1]. Vous avez donc une grande probabilité de lire, regarder ou écouter chaque jour des médias qui appartiennent à ce petit cercle de milliardaires.

Cela pose plusieurs problèmes. La concentration d’abord. Est-il sain qu’une si grande part de la presse appartienne à quelques personnes, richissimes, faisant partie d’une caste de privilégiés ? L’indépendance, ensuite. Est-il normal que les principaux médias français de notre pays soient entre les mains de marchands d’armes, d’entreprises du luxe, du BTP, de la téléphonie, de banquiers ou de fabricant de toilettes ? Comment ces propriétaires peuvent-ils concilier liberté de l’information et intérêts privés ? Comment TF1, BFM-TV, Le Monde, Libération peuvent-il produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ? Enfin, cette situation ne peut qu’encourager la reproduction d’un système économique qui assure la continuité des intérêts financiers de cette petite classe de possédants. Ils constituent une véritable communauté d’intérêt ! Et ce qui motive de riches patrons à créer des conglomérats médiatiques – qui ne rapportent pas vraiment d’argent – c’est d’abord la possibilité d’acheter de l’influence.

Qui sont ces 10 milliardaires ?

Ils sont cinq à faire partie du cercle des dix premières fortunes de France : Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH (patron des Echos, du Parisien), Serge Dassault (Le Figaro), François Pinault (Le Point), Patrick Drahi, principal actionnaire de SFR (Libération, L’Express, BFM-TV, RMC), Vincent Bolloré (Canal+). On trouve ensuite Xavier Niel, patron de l’opérateur de téléphonie Free et 11ème fortune de France, qui s’est associé avec Pierre Bergé, héritier du couturier Yves Saint-Laurent, et avec le banquier Matthieu Pigasse, pour devenir propriétaire du groupe Le Monde (L’Obs, Télérama, La Vie…). Matthieu Pigasse possède également Radio Nova et l’hebdomadaire Les Inrocks.

Martin Bouygues, 30ème fortune de France, est propriétaire du groupe TF1. La famille Mohn, qui contrôle le groupe allemand Bertelsmann [2], est propriétaire de M6, RTL, Gala, Femme actuelle, VSD, Capital,… Viennent ensuite Arnaud Lagardère, propriétaire d’Europe 1, Paris Match, du JDD, de Virgin radio, RFM, Télé 7 jours, et Marie-Odile Amaury, qui possède L’Equipe (et dont le groupe est, par l’une de ses filiales, organisateur du Tour de France notamment). Petite précision : ces deux derniers ne sont « que » millionnaires, avec tout de même une fortune évaluée entre 200 et 300 millions d’euros. A ce « Top 10 », on pourrait aussi ajouter la famille Bettencourt qui finance le journal ultra-libéral L’opinion. Ou le milliardaire d’origine libanaise Iskander Safa, 71ème fortune de France et propriétaire du très réac Valeurs actuelles.

Conflits d’intérêts en pagaille

Quelles sont les conséquences sur l’indépendance des médias ? Un mélange des genres pour le moins douteux, qui peut mettre les journalistes en porte-à-faux. Comment TF1 pourrait-il produire des enquêtes critiques sur les abus des partenariats publics-privés (PPP) quand son propriétaire, Bouygues, fait partie des multinationales du BTP qui bénéficient de ces juteux contrats ? Autre exemple : comment un média peut-il s’intéresser de près aux affaires d’évasion fiscale quand son patron manifeste un attrait prononcé pour les paradis fiscaux ? C’est la question que doivent se poser les journalistes de BFM-TV à chaque nouveau scandale fiscal.

Leur boss, Patrick Drahi, a échafaudé, à partir de sa holding personnelle, un opaque et complexe montage de filiales et de trusts, dispersés au sein de paradis fiscaux notoires : Guernesey, Suisse ou Luxembourg. Comment BFM évoque-t-elle le scandale des Panama Papers, dans lequel apparaît le nom de Patrick Drahi ? « Vous avez vu la réaction des gens qui ont été cités ? Ils se défendent c’est normal. Patrick Drahi, par exemple, qui reconnaît avoir une société, mais rien d’illégal. (…) Est-ce que finalement c’est la bonne méthode de jeter en pâture des noms de personnalités, sans qu’elles aient vraiment la possibilité de se défendre ? », explique ainsi l’animateur Olivier Truchot dans son émission BFMStory…

Voir l’organigramme de l’empire industriel de Patrick Drahi, réalisé par l’économiste Benoît Boussemart et publié par Le Canard enchainé (cliquez sur l’image) :

Autre problème, les proximités entre patrons de presse et politiques. C’est Nicolas Sarkozy, proche de Bernard Arnault, qui annonce en 2007 aux journalistes des Echos le nom de leur nouveau patron ! Car ces richissimes propriétaires de presse entretiennent quelques affinités avec des responsables politiques : lors du mariage de Nicolas Sarkozy avec Cécilia Ciganer-Albéniz, les deux témoins sont… Bernard Arnault et Martin Bouygues. C’est sur le yacht d’un autre ami, Vincent Bolloré, que Nicolas Sarkozy choisit d’aller se reposer après son élection en 2007. « Arnaud est plus qu’un ami, c’est un frère », déclare encore Nicolas Sarkozy à propos de l’héritier Lagardère. Enfin, il compte Serge Dassault parmi les clients de son cabinet d’avocats. La moitié de ces dix propriétaires de presse sont des proches de l’ancien président. Bref, question indépendance, on repassera !

Quel que soit l’impact réel de ces connivences et les éventuelles pressions, les dégâts du soupçon – le fait que ces riches patrons se trouvent en conflit d’intérêts, en situation de pouvoir abuser de leur position pour leur intérêt propre – sont bien là. Cette simple suspicion produit une délégitimation du secteur de la presse. Conséquence : seuls 34% des Français estiment que les médias fournissent des informations dignes de confiance. Plus de deux tiers des Français pensent que les médias subissent des pressions commerciales ou politiques qui impactent les informations délivrées [3].

Licenciements et coups de pression

Lorsqu’on est journaliste, peut-on travailler en toute indépendance dans cette situation ? Quelques exemples – la face visible de l’iceberg des pressions souterraines ! – montrent que ce n’est pas le cas : l’ingérence de ces patrons est bien réelle. Certains ont une fâcheuse tendance à faire le ménage en arrivant, pour mettre à la tête des médias des dirigeants compatibles avec leurs intérêts, avec pour mission de purger les rédactions. Un cas d’interventionnisme remarqué fut la nomination de Guillaume Zeller, catholique traditionaliste, comme directeur de l’information du groupe Canal+, par Vincent Bolloré. Ce dernier semble vouloir actuellement enterrer Canal+, après avoir vidé de ses forces vives la rédaction d’iTélé, rebaptisée CNews, après la plus longue grève de l’histoire de la télévision.

Il ne semble plus y avoir de limites à ce « grand ménage ». En 2016, Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction de L’Obs, est licenciée pour des raisons politiques. En 2017, Olivia Recasens, directrice adjointe de la rédaction du Point, est limogée du jour au lendemain, pour faute grave, et pour des motifs réels tout aussi inavouables. Autant de coups de pression, qui envoient un message clair aux rédactions : pas de vagues, rentrez dans le rang !

Ingérence et censures

Le patron de M6, Nicolas de Tavernost, avoue avoir exercé des pressions sur les journalistes de la chaîne pour « ne pas contrarier des clients ». Il explique ainsi avoir censuré une émission de Capital sur la téléphonie. Autre cas notable, la censure par Vincent Bolloré d’une enquête sur le Crédit mutuel, qui devait être diffusée par l’émission « Spécial investigation » sur Canal+. Un simple coup de fil a suffi pour contenter la banque, partenaire de Vincent Bolloré, qui ne voulait pas voir sortir cette enquête. Reporters sans frontières et le collectif « Informer n’est pas un délit » dénoncent par ailleurs la censure et la déprogrammation de quatre documentaires qui devaient être diffusés par Canal+.

Un autre risque, plus pervers car plus discret, est l’autocensure de journalistes. Des journalistes qui veulent bien faire leur métier, mais qui n’osent plus proposer des articles sur des sujets sensibles, ou qu’ils savent problématiques pour le propriétaire de leur média. Sans compter les pressions économiques, avec les suppressions de postes et des moyens nécessaires à tout travail d’enquête. Promouvoir des logiques managériales « musclées », imposer des contraintes économiques fortes sur la production de l’information, précariser les rédactions mises en permanence sur la sellette, bref, promouvoir une information low cost, est aussi une forme de censure.

A cette liste des moyens de censure, il faudrait ajouter les « poursuites baillons », dont l’objectif est de dissuader les médias de s’emparer de certaines affaires (lire notre article « Bolloré, la presse et les poursuites ‘homéopathiques’ en diffamation »). Ou les mesures de rétorsion, comme celle de Bernard Arnault, ulcéré par le titre « Casse-toi, riche con » de Libération, lors de sa demande de naturalisation en Belgique en 2012, et qui décide de couper les budgets de publicité alloués par le groupe LVMH au quotidien.

Comment cela évolue-t-il ?

Pas vraiment vers davantage de pluralisme ! En quelques mois, en 2015, on a vu le rachat par Patrick Drahi de Libération et du cinquième groupe de presse magazine en France, Express-Roularta, ainsi que sa prise de participation (à 49%) dans NextRadioTV (BFMTV, RMC). A la même période, Bernard Arnault, déjà propriétaire des Échos, rachète Le Parisien et Aujourd’hui en France, le groupe Le Monde rachète L’Obs, et Vincent Bolloré prend le contrôle de Canal +, via Vivendi. Des banques sont également entrées dans ce jeu de Monopoly. Le Crédit mutuel est ainsi devenu en dix ans l’unique propriétaire du groupe EBRA, premier groupe de presse quotidienne régionale, implanté dans l’Est de la France (Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est républicain…) [4]. Et le Crédit agricole est devenu actionnaire de journaux régionaux, comme La Voix du Nord et Le Courrier picard (via le groupe belge Rossel).

Ce petit milieu multiplie les participations croisées [5]. En parallèle de cet accaparement, ces milliardaires ont mis la main sur l’ensemble de la chaine de production. Exemple avec les entreprises de production de contenus : c’est Lagardère qui produit pour France 5 les émissions « C dans l’air », par l’intermédiaire de sa société Maximal Productions. Ces oligarques sont aussi propriétaires des « tuyaux » de diffusion, comme les « box » (FreeBox, Bbox, Box SFR) qui permettent la diffusion dans tous les foyers de France d’internet et de la télévision. Une intégration « verticale » qui concentre la diffusion d’une grande part de l’information entre les mains de ceux qui détiennent les clés de sa production.

L’information devient ainsi un produit comme les autres : l’opérateur de télécoms SFR propose ainsi une box Internet « à partir de 19,99 euros par mois », avec, pour le même tarif, l’abonnement numérique à 18 journaux. « Une machine à tuer le journalisme de qualité », estime Le Point. Un peu comme un cadeau bonus. On achète le tuyau – une connexion web – et on gagne en prime un produit secondaire, des médias.

En quoi cela nous concerne tous ?

On pourrait se dire que chaque société a les médias qu’elle mérite. Ou que chacun lit, écoute, regarde ce qu’il veut. Que tout le monde peut faire son propre tri dans le flot médiatique. Sauf que les médias ne sont pas un business comme un autre. Défendre l’indépendance de la presse, ce n’est pas un combat « corporatiste », un « truc de journalistes » qui se battraient pour leur outil de travail. Il ne peut pas y avoir de démocratie forte, voire même de démocratie tout court, sans citoyens informés, et bien informés. L’information est un bien public. Autant de médias sous contrôle d’une petite oligarchie, véritables chiens de garde du néolibéralisme, c’est une atteinte à nos libertés fondamentales.

Cette situation n’est pas une fatalité. Lutter contre tout ce qui encourage la concentration des médias et leur financiarisation est possible (voir les propositions de la campagne #LibertéEgalitéInformés). On pourrait mettre en place des dispositifs anti-concentration plus exigeants. Ou interdire le contrôle de médias par des entreprises qui dépendent de marchés publics – Bouygues, Dassault,… – comme le propose l’association Acrimed. Ou conditionner le versement des aides à la presse aux médias qui ne sont pas détenus par des milliardaires, dont les intérêts principaux ne sont pas dans le secteur de la presse. Voire même, soyons fous, limiter ces aides aux médias à but non lucratif, qu’ils soient privés, coopératifs ou associatifs.

Il est nécessaire que ces propositions et réformes salutaires – ou d’autres ! – soient discutées et débattues. Mais aussi les conditions qui favoriseront l’émergence, le développement et la consolidation de médias indépendants, pour garantir le pluralisme de l’information en France. Défendre et faire vivre une presse libre ne semble malheureusement pas une priorité pour bon nombre de candidats à l’élection présidentielle.

Source : Basta ! (Avril 2017)