Des perturbateurs endocriniens dans les cheveux des enfants

Au terme d’une étude menée sur des enfants de 10 à 15 ans, le magazine 60 millions de consommateurs affirme que plus de 34 molécules toxiques sont présentes, en moyenne, dans un seul échantillon de cheveux.

Que vous habitiez en ville ou à la campagne, vos chères têtes blondes ne sont pas à l’abri des perturbateurs endocriniens. C’est la conclusion d’une étude menée par un laboratoire indépendant, dont les résultats sont publiés, ce jeudi, par le magazine 60 millions de consommateurs. Des échantillons de cheveux de 43 filles et garçons, âgés de 10 à 15 ans ont été analysés. Les résultats sont édifiants. En moyenne, dans les cheveux d’un enfant, 34 molécules, répertoriées comme des perturbateurs endocriniens, ont été décelées. Chez un des participants, 54 contaminants ont même été découverts.

«Au vu de nos résultats, nous craignons une véritable crise sanitaire», s’alarme auprès du Figaro, Sylvie Metzelard, rédactrice en chef du magazine. D’autant qu’«il s’agit de la période où les enfants entrent dans la puberté. Nous avons affaire à une population particulièrement fragile», précise-t-elle. Sur les enfants, l’exposition aux perturbateurs endocriniens serait en effet l’origine, notamment, de la puberté précoce de certaines petites filles et de malformations génitales. Selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les perturbateurs endocriniens sont des molécules qui altèrent le fonctionnement normal du système hormonal.

Effets cocktail

Bisphénols, hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), pesticides, métaux lourds… Au total, le magazine a répertorié six familles de perturbateurs endocriniens dans les cheveux des enfants étudiés. Parmi les bisphénols détectés, une des molécules, le BPA ou bisphénol A, est pourtant interdite en France. Un rapide coup d’œil sur la fiche toxicologique de l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS) donne des sueurs froides: «susceptible de nuire à la fertilité», «provoque des lésions oculaires graves» ou encore «peut provoquer une allergie cutanée». À titre indicatif, le BPA est utilisé pour fabriquer les plastiques durs et transparents – type polycarbonate et les résines – couvrant l’intérieur des boîtes métalliques. «Si le BPA est encore présent dans les cheveux des enfants, c’est en partie parce que les Français continuent à utiliser des objets qui ont été commercialisés avant l’interdiction», explique au Figaro Kevin Fournier, ingénieur et chef de ce projet d’étude. «Le libre-échange y est sans doute pour beaucoup aussi».

Autres exemples inquiétants, des pesticides agricoles, des métaux lourds (comme le plomb et le mercure) ou encore des phtalates (contenus dans les plastiques et les cosmétiques) ont été décelés chez tous les enfants participants. «Les plastifiants sont les substances que nous avons trouvées en plus grande quantité sur les 254 perturbateurs endocriniens que nous avons recherchés», allègue Kevin Fournier, ingénieur en charge de ce projet. Dix molécules de cette famille de perturbateurs endocriniens ont ainsi été retrouvées en moyenne dans un échantillon de cheveux, soit 2669 picogrammes.

DBP, DEHP BBP et DiBP… Si ces noms ne vous disent rien à l’oreille, les effets supposés de ces substances sont nombreux. «Les phtalates ne sont irritants ni pour la peau, ni pour les yeux, ni pour les voies respiratoires. Ils ne sont pas allergisants (un seul cas rapporté chez l’homme)», spécifie l’INRS, dans un document datant de 2004. «Leur administration répétée chez le rongeur a permis d’identifier un effet sur le foie, les reins et sur le système reproducteur mâle, les effets variant d’un phtalate à l’autre.»

Mieux aérer son intérieur

«Au-delà de la toxicité de chaque substance, le nombre et la diversité des substances posent la question des potentiels effets cocktail», souligne 60 millions de consommateurs. Interrogé par le magazine, Bernard Jegou, directeur de l’Irset-Inserm, précise qu’une «équipe travaille en ce moment afin de vérifier que les effets cocktail peuvent exister dans des tissus humains car, paradoxalement, cela n’a pas encore été fait chez les humains à ce niveau». Les effets des perturbateurs endocriniens sur des jeunes, ont déjà été mesurés. En 2015, l’Obs avait publié une étude exclusive sur le sujet. Les recherches se concentraient alors sur des enfants âgés de 0 à 12 ans. «Tous les enfants sans exception, qu’ils soient issus de Paris et la proche banlieue ou bien de communes rurales sont pollués», alléguait alors l’hebdomadaire.

Le magazine 60 millions de consommateurs n’établit pas de liste précise de produits à proscrire. Mais pour répondre aux inquiétudes, le mensuel complète son enquête par une série de conseils pratiques pour aider les consommateurs à limiter, tant que possible, leur exposition aux perturbateurs endocriniens. Les Français sont «très exposés au quotidien, aussi bien dans la chambre, la cuisine, la salle de bain, etc…» souligne Sylvie Metzelard.

Il est donc recommandé de privilégier les cosmétiques bio, d’utiliser des emballages en verre ou en inox pour conserver ses aliments, ou encore, d’aérer régulièrement son logement.

Source : Le Figaro (Avril 2017)

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