De plus en plus de personnes se revendiquent cyborgs…

LE FUTUR EST PROCHEDe plus en plus de personnes se revendiquent cyborgs…

Ils sont partout mais on ne le sait pas. Ou pas encore. La science-fiction a créé une mythologie des cyborgs avec des personnages d’hommes-machines devenus cultes (Robocop, Terminator, Dark Vador…). Qu’ils aient l’apparence de Scarlett Johansson dans l’adaptation au cinéma du manga culte Ghost in the Shell ou de Ray Fisher dans le futur Justice League, les cyborgs sont partout au cinéma et désormais aussi dans la « vraie » vie. Ils se greffent des antennes, se mettent des puces sous la peau, des caméras dans le globe oculaire, utilisent des prothèses… Et se revendiquent cyborgs.

Nathanael Jarrassé, chercheur au CNRS à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR) nous aide à tracer la limite entre fiction et réalité, s’en tenant à la définition d’origine offerte par Manfred Clynes et Nathan S. Kline. Un cyborg est un humain « amélioré » (ou réparé) par un dispositif artificiel qui lui permet de survivre à son milieu. Mais surtout, cet organisme biologique entretient une relation intime avec la machine. Alors baratineur ou vrai cyborg ? On fait le point sur cette espèce encore un peu floue.

Neil Harbisson et son antenne

Neil Harbisson, premier cyborg de l'histoire.

Neil Harbisson, premier cyborg de l’histoire. – Lars Norgaard

Premier cyborg de l’histoire -c’est écrit à son état civil-, l’artiste espagnol daltonien Neil Harbisson s’est greffé une antenne sur la tête qui transforme les fréquences lumineuses en fréquences sonores. Dans son monde, les tableaux composent de la musique et les peintres sont des chefs d’orchestre qui s’ignorent. Créateur de la Cyborg foundation, il ouvre la définition à toutes les personnes qui s’identifient comme cyborg, dans la veine de l’identité de genre.

Note : 98 % vrai cyborg – 02 % perché

Le dispositif technologique de Neil Harbisson a permis de réparer son daltonisme (il ne voit que des nuances de gris), et même de l’améliorer puisqu’il perçoit des fréquences lumineuses que l’homme ne perçoit pas (de l’infrarouge à l’ultraviolet). « En tant qu’artiste, il est proche de la performance et de la philosophie transhumaniste, l’idée libertaire selon laquelle tout le monde devrait pouvoir être un cyborg », souligne Nathanael Jarrassé. Via la société Cyborg Nest, il propose un implant sous forme de piercing qui permet de ne jamais perdre le Nord. « Offrir à tous les humains un nouveau sens, mais cela a tout d’une opération marketing », relève le chercheur. Ok, mais il fait le taf.

Les Suédois et leur puce électronique

Implants suédois, proches de ceux implantés aux salariés d'Epicenter en Suède.
Implants suédois, proches de ceux implantés aux salariés d’Epicenter en Suède. – James Brooks/AP/SIPA

Des salariés de la société suédoise Epicenter se sont fait implanter une puce électronique sous la peau de la main. Introduite sans anesthésie, comme le montre la série documentaire Dark Net de Showtime, elle fait la taille d’un grain de riz et permet d’ouvrir les accès du bâtiment, de faire fonctionner les machines. A terme, elle pourrait même permettre de prendre un café ou d’allumer l’ordinateur.

Note : 10 % vrai cyborg – 90 % gadget

A part ouvrir des portes, la puce n’apporte pas grand-chose à l’organisme. « La barrière de la peau, selon moi, n’est pas valable, même si d’un point de vue symbolique, ça a l’air plus fort. Avoir un passe Navigo dans la poche ou une puce sous la peau, c’est pareil », tempère Nathanael Jarrassé. Ici, il n’y a pas d’échange entre l’organisme vivant et l’outil technique. On s’éloigne quand même pas mal de la définition d’origine. Un gadget.

Le cinéaste Rob Spence et son « eye-borg »

Le cinéaste Rob Spence montre son invention en 2009
Le cinéaste Rob Spence montre son invention en 2009 – Virginia Mayo/AP/SIPA

L’idée fait flipper, mais la technologie est impressionnante. On n’est pas loin de l’œil rouge de Terminator avec cet oeil bionique. Victime d’un accident dans son enfance, le cinéaste canadien Rob Spence a installé une caméra à la place de son oeil. La première version de l’eyeborg a été élue comme l’une des meilleures inventions de l’année 2009 par le Time Magazine. Pour lui, nous sommes tous des cyborgs, comme le rappelle Tracks.

Note : 12 % vrai cyborg – 88 % com’

Encore une fois, on n’est pas loin du gadget. « Son œil bionique se rapproche de l’imaginaire du cyborg décrite dans la science fiction mais si on s’en tient à la définition, la caméra n’est pas reliée à son corps », souligne Nathanael Jarrassé. Le flux d’images n’a pas d’interaction avec son organisme (à la différence, par exemple, des fréquences sonores de Neil Harbisson directement en interaction avec son corps). Un peu (beaucoup ?) de com’.

Un malade et son cœur Carmat

Un cœur artificiel de la société française Carmat.
Un cœur artificiel de la société française Carmat. – FRANCK FIFE / AFP

Moins spectaculaire (quoique), les malades à qui l’on a implanté un cœur artificiel Carmat sont peut-être les plus cyborgs de tous. Il est destiné aux malades en assistance cardiaque terminale, trop âgés pour espérer une greffe. Plus lourd qu’un coeur humain (300 grammes), il est compatible avec 70 % des thorax des hommes et 25 % de ceux des femmes.

Note : 100 % cyborg

« Le cœur Carmat est assez fascinant car il est à lui seul un mélange d’artificiel et d’organisme. Certaines parties du cœur sont biologiques (valve de porc, cellules issues de tissus de veau) », explique le chercheur au CNRS. Le coeur artificiel permet aux patients de survivre, de « réparer ». On est pile dans la définition, au final.

Donald Trump et son portable

Le visage de Donald Trump sur un téléphone portable, en septembre 2016

Le visage de Donald Trump sur un téléphone portable, en septembre 2016 – John Locher/AP/SIPA

Vous croyez à une blague ? Oui et non. Quand on pense à Donald Trump et son portable, on pense spontanément à un « twittos fou ». Et si ça commençait là ? La Cyborg Foundation, créée par Neil Harbisson, ouvre la définition du cyborg à un lien d’intimité psychologique avec la technologie. Si vous dites, « je n’ai plus de batterie » au lieu de « mon téléphone n’a plus de batterie », vous fusionnez déjà avec la technologie.

Note : 80 % cyborg – 20 % WTF

Et sur ce coup, Nathanael Jarassé est assez d’accord. « J’ai tendance à penser que j’ai une relation d’interaction plus forte avec mon téléphone -l’échange est très fort avec cet objet- qu’à une puce implantée sous la peau qui me permet d’ouvrir une porte », confirme le scientifique. Vous là, oui, vous, vous êtes déjà un peu cyborg.

Source : 20 minutes (Avril 2017)