Bisphénol S ou F : les substituts aussi dangereux que le Bisphénol A !

Une exposition au bisphénol S multiplie les cellules cancéreuses du sein

Une exposition au bisphénol S multiplie les cellules cancéreuses du sein

Dans une récente étude, des chercheurs pointent les dangers du bisphénol S, un substitut du bisphénol A désormais interdit dans les contenants alimentaires. Ce composé chimique serait susceptible d’aggraver certains types de cancers du sein en raison de son caractère supposé de perturbateur endocrinien.

Selon l’Anses*, une exposition serait ainsi particulièrement néfaste pour la femme enceinte au regard des risques potentiels pour l’enfant à naître. Mais quand est-il des produits de remplacement ? Le bisphénol S et le bisphénol F ont-ils la même dangerosité ? Bien que leur structure chimique soit proche de celle du bisphénol A, leur dangerosité n’a en effet “jamais été testée chez l’Homme, et il n’y a actuellement aucune réglementation les concernant”, précise l’Inserm.

Une étude menée par des chercheurs de l’université d’Oakland et présentée au congrès de la société américaine d’endocrinologie affirme que le bisphénol S (BPS) présente un risque d’augmentation de l’agressivité du cancer du sein en tant que perturbateur endocrinien. Des résultats qui ont été obtenus après avoir testé le BPS sur des cellules cancéreuses du sein, un cancer dit “hormonodépendant” dans 60 à 70% des cas, c’est-à-dire sensible aux hormones sexuelles.

Dangereux pour les cancers du sein hormonodépendants

En tant que substitut de bisphénol A, (BPA) le BPS se retrouve par exemple dans certains plastiques ainsi que dans les factures et les reçus en papier thermique. “Malgré les espoirs d’une alternative plus sûre au BPA, des études ont montré que BPS exhibait des effets oestrogéniques similaires au BPA”, a déclaré l’auteur principal de l’étude, le Pr Sumi Dinda. En clair, le PBS agit comme des oestrogènes, une hormone sexuelle féminine sécrétée par les ovaires.

Les chercheurs ont plus précisément étudié les effets du BPS sur l’expression du récepteur des oestrogènes alpha, positif dans deux tiers des cancers du sein, et le gène BRCA1 dont une mutation provoque un cancer du sein. Les chercheurs ont constaté que le BPS mimait bien les effets des oestrogènes dans les cellules cancéreuses. Par rapport à une substance inactive également testée sur ces cellules, ce composé chimique a intensifié en 24 heures l’expression du récepteur des œstrogènes alpha et l’expression du gène BRCA1.

En six jours, les cellules cancéreuses ont augmenté de 12% avec une dose d’exposition faible, et ont grimpé jusqu’à 60% en présence d’une dose d’exposition plus élevée. L’équipe scientifique est ensuite parvenue à bloquer la prolifération de ces cellules induite par le BPS en les traitant avec des médicaments qui bloquent l’action des hormones au niveau de la tumeur : de l’hormonothérapie.

Un effet délétère pour les organes reproducteurs masculins

Bien qu’une étude plus approfondie des effets du bisphénol S sur les cellules cancéreuses du sein soit nécessaire pour confirmer ces premiers résultats, les chercheurs suggèrent qu’il peut bel et bien rendre un cancer du sein plus agressif. A titre d’exemple, “si une femme a un gène BRCA1 muté et utilise des produits contenant du BPS, son risque de développer un cancer du sein peut augmenter davantage”, conclut le Pr Sumi Dinda.

Ce n’est pas la première fois que sa dangerosité est pointée du doigt puisqu’en 2015, des chercheurs de l’Inserm ont mené une étude indiquant que le bisphénol F et le bisphénol S ont le même effet négatif sur le testicule fœtal humain que celui du bisphénol A. Plus précisément, ils ont observé que l’exposition in vitro des testicules fœtaux humains au bisphénol S ou au bisphénol F réduit la production de testostérone par le testicule fœtal humain, de façon tout à fait identique que le bisphénol A.

“C’est la première fois que l’on démontre un effet délétère des bisphénols S et F sur une fonction physiologique chez l’Homme”, ont-ils expliqué. Ils aussi constaté que, comme pour le bisphénol A, l’espèce humaine est plus sensible aux bisphénols S et F que la souris. Or, une diminution de la production de testostérone fœtale peut se traduire par des défauts de la masculinisation à la naissance ou par une altération de la production du sperme à l’âge adulte.

*Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

Source : Santé Magazine (Avril 2017)