Délit d’entrave ? La femme amputée des 4 membres après une IVG raconte son calvaire

C’est un drame et un scandale dont la victime, Priscilla Dray, âgée de 36 ans au moment des faits, est sortie «massacrée». Un mois après la condamnation du CHU de Bordeaux (Gironde) dans cette affaire, elle livre un témoignage édifiant, mais plein de courage.

“Je suis rentrée en excellente santé au Centre hospitalier universitaire de Bordeaux un soir de juillet 2011 (NDLR, Nous sommes en 2017, pourquoi les médias n’informent que maintenant..?) , et j’en suis ressortie massacrée un mois plus tard». C’est par cette phrase lourde de sens que Priscilla Dray, amputée des quatre membres après avoir contracté une infection nosocomiale lors d’une banale IVG (Banale ?), ouvre son témoignage, publié dimanche par L’Obs.

Cinq ans et demi après les faits, plus d’un mois après la condamnation du CHU de Bordeaux (Gironde) à une provision de 300 000 € en vue d’une future indemnisation pour «prise en charge défaillante», les plaies sont toujours à vif. Digne, mais ne dissimulant rien, la Bordelaise victime d’une série de négligences de la part d’internes et de médecins de l’établissement, raconte le calvaire enduré et le combat mené, pour reconstruire une (NDLR,  ou deux ?) vie détruite.

Privée d’antibiotiques

Elle raconte la semaine du drame, d’abord. Le lendemain de son IVG, Priscilla Dray a 40°C de fièvre. Elle finit par se rendre aux urgences du CHU bordelais. Là-bas, première surprise : l’interne qui la prend en charge se contente d’échanger par téléphone avec le médecin de garde. Et ce dernier refuse de prescrire les antibiotiques qui auraient permis de sauver les quatre membres de la patiente. «Selon lui, il ne fallait pas “masquer les causes” avant d’avoir posé un diagnostic, raconte-t-elle. J’étais interloquée par son choix, mais je me suis raisonnée en me disant que j’étais au CHU de Bordeaux (…). J’ai donc fait confiance, comme beaucoup d’autres l’auraient fait, à ce médecin que je n’ai jamais vu de ma vie.»

La suite est encore plus choquante. De retour chez elle, son état empire. Le lendemain, elle consulte un médecin généraliste qui voit arriver la septicémie et ordonne une hospitalisation d’urgence. Nouveau couac du côté de Bordeaux : le Samu est trop lent, selon le médecin généraliste, à répondre au téléphone. Elle sera finalement transportée au CHU en ambulance privée, avec une lettre de son médecin en poche.

«Si j’avais été prise en charge par le Samu, les ambulanciers auraient sûrement constaté que je faisais une grave septicémie et m’auraient amené dans le bon service de l’hôpital pour me soigner en urgence, confie-t-elle. Là encore, je n’ai pas eu de chance. L’ambulance qui m’a transportée n’était rien d’autre qu’un taxi dans lequel aucun examen n’est fait.»

L’arrogance des médecins urgentistes

Une interne en médecine de 25 ans, «hautaine et et désagréable», la reçoit (NDLR, Pas de nom ?). «Alors que je tenais à peine debout, elle m’a pris pour une douillette bourgeoise dramatique». Pire, l’étudiante en médecine refuse de prendre en considération la lettre du médecin, décrète aux belles-soeurs de Priscilla Dray que cette dernière doit «juste mal vivre psychologiquement son IVG».

Puis, en voyant un peu plus tard son doigt gonflé, lâche : «Elle a dû se cogner». En réalité, la mère de famille se dirige droit vers la mort. La bactérie streptocoque pyogène de type A, nommée «bactérie mangeuse de chair», a commencé à ronger ses pieds et ses mains de l’intérieur.

Finalement, l’extrême gravité de la situation est diagnostiquée par un médecin. Choc septique. La femme tombe dans le coma, son mari s’entend dire qu’elle n’a que 5% de chances de survivre. Priscilla Dray s’en sort… amputée des quatre membres, «massacrée», comme elle dit. «Avant de mettre les pieds au CHU de Bordeaux, j’étais une jeune femme très dynamique et féminine, se souvient-elle. Tout d’un coup j’étais en fauteuil, handicapée, au milieu de graves accidentés de la route et de personnes âgées. Tout ça, à cause d’une erreur médicale (NDLR, Mais pas d’erreur morale ?)

Greffe des mains et justice

Aujourd’hui, la quadragénaire se bat pour retrouver une vie la plus normale possible malgré son état. Son espoir : se faire greffer des mains à Philadephie, aux Etats-Unis, puisqu’on n’en fait plus en France… faute de budget et de réglementation favorable. Un comble pour un pays pionnier en la matière.

Déterminée et dotée d’un courage exceptionnel (?), Priscilla Dray se bat sur tous les fronts, notamment sur celui de la justice. Elle réclame réparation. «J’aimerais vraiment voir le médecin du CHU de Bordeaux, celui qui ne m’a pas prescrit les trois petits grammes d’antibiotiques qui auraient changé ma vie, derrière les barreaux, confie-t-elle. Même si je n’y crois pas trop. Là encore, notre système est mal fait. En France, les médecins ne sont pas juridiquement responsables de leurs erreurs. Et les internes encore moins. Pourtant, le médecin qui ne s’est même pas déplacé et qui a refusé à distance de me prescrire les antibiotiques dont j’avais besoin est un criminel (?)

Source : Le Parisien.fr (Févier 2017)