Le Tétramorphe de Vatopédi

Pour une anthropologie globale et opérative (Yves Albert Dauge).

Note sur les significations du Tétramorphe de Vatopédi :

Cette figure complexe, qu’on appelle le Tétramorphe, est issue dune combinaison des visions d’Ézéchiel (1,4-14), d’Isaïe (6,2), et de Jean (Apoc. 4,6-8: les « quatre Vivants »). Les différents éléments caractéristiques de ces visions ont été refondus en une seule Entité, l’ensemble se trouvant alors organisé autour du visage de l’Ange, ou du Fils-Homme, représentatif de la médiation créatrice. Pour plus de détails, on pourra se reporter à l’Introduction au monde des symboles, par G. de Champeaux et Dom S.Sterckx (coll. « Zodiaque », 1966), pp.427 sq., à 1’ouvrage de Pierre Weil, Le Sphinx, mystère et structure de l’homme (Épi, 1972), ainsi qu’aux explications de la 21e Lame du Tarot (Le Monde). Le Tétramorphe ici reproduit est celui de Vatopédi, monastère du Mont Athos : c’est une mosaïque byzantine de 1213.

La richesse symbolique de cette composition est absolument extraordinaire. On peut y voir l’image de l’Anthropos (cf. C. G. Jung, Psychologie et Alchimie, p.174), celle du Je essentiel, celle du Monakhos (cf. Thomas 16; 49; 75), celle du Cœur: la représentation du Nom divin (Y H W H / Y H Sh W H), de la circulation des Énergies créatrices, de la Globalité flamboyante, du Groupe parfait de la Transfiguration, de l’Epignôsis, de la Résurrection des Résurrections, etc. Voici quelques interprétations.

— L’essence du Cœur, ou l’Intellect-Amour opératif. Les yeux : l’Intellect, le Feu du Logos, la sphère des Chérubins (cf. le Jnâna-yoga). Les mains : l’Amour-bénédiction, le Feu de l’Agapé, la sphère des Séraphins (cf. le Bhakti-yoga). Les ailes et les roues : l’action, la Créativité, le Feu artiste, la sphère des Trônes (cf. le Karma-yoga). Consulter l’excellent commentaire de Pic de la Mirandole sur les trois ordres angéliques dans son De hominis dignitate (éd. P.-M.Cordier, pp.130 sq.).

— Le  Nom divin. L’aigle : le Yod, le Père. Le taureau : le premier Hé, l’Esprit du Père, ou la Mère. Le lion : le second Hé, l’Esprit du Fils, ou la Fille. L’ange : le Vav et le Shin, le Fils. La circularité du Nom est figurée par les nimbes et les roues.

— Le  Je essentiel, le Monakhos, l’Homme Parfait. Aigle – ange : bipôle Père – Fils, ou plus précisément Lui-Dieu-Père – Moi-Dieu-Fils ; axe de la duellité de l’épée. Taureau – lion : double spiration de l’Esprit, duellité de la balance (involution / évolution, Saturne le condensateur / Saturne le libérateur). Les six ailes : feu du triple Amour, feu dialectique du sénaire-septénaire; dynamisme de la circulation des Énergies. Les yeux : l’éveil (bodhicitta), la conscience simultanée du multiple et de l’Un. Les mains : réceptivité et bénédiction (cf. Dialogues avec l’Ange). Les deux roues à huit rayons, enflammées et ailées : feu opératif, transmutateur, ordonnateur de l’Amour divin ; image du Trône-Char (Merkabah) mesurant, actualisant, vivifiant tous les plans de la manifestation. Dialectique générale entre « statisme » et « dynamisme », immobilité ou repos et mouvement (cf. Thomas 50, ainsi que l’icône de la Sainte Trinité de Roublev).

— Le  Groupe parfait (cohérent et créateur) de la Transfiguration (avec 7 personnages: cf. Matth. 17,1 sq., et Visions d’Anne-Catherine Emmerich, II, 361 sq.). L’ange : le Christ, le Soleil suressentiel du groupe (le Fils de Dieu). L’aigle : Malachie, l’Ange égrégore du groupe (le Je archétype). Le taureau : Moise, l’Esprit démiurgique (Énergies divines descendantes, « projections » du Je). Le lion : Elle, l’Esprit théurgique (Énergies divines montantes, « rappels » du Je). La main droite : Jean, le Prophète, le Brahmâtmâ (l’Esprit). La main gauche : Jacques, le Prêtre, le Mahatma (l’Âme essentielle). Les pieds : Pierre, le Roi, le Mahânga (le Cœur incarné). Les ailes et les roues : dynamisme de l’ensemble. Ce groupe, de structure abellienne, correspond à la manifestation complète et opérative du « Roi du Monde » (cf. l’ouvrage, de ce titre, de R.Guénon).

— Le cycle de l’Epignôsis. L’aigle : théologie, métaphysique, contemplation. L’ange : la Science du Cœur et de la Balance. Le taureau : processus de condensation de l’Esprit; mesures, combinaisons, analyses. La main gauche : savoir encyclopédique ; anthropologie structurale, descriptive ; systèmes (philosophiques, religieux) ; arts (incarnation des Idées). Les pieds : psyché (psychologie, psychanalyse, psychotronique) et espace-temps-matière (sciences exactes et naturelles) ; anthropologie sociale et politique. La main droite : herméneutiques, alchimie, énergétique de la métamorphose. Le lion : gnose/mystique, processus de libération de la Conscience; synthèses, unification, réintégration. Retour à l’aigle. Les ailes et les yeux : dialectique de l’éveil et de la progression, puissance de simultanéité/globalité. Les roues : perpétuel renouvellement, incessante circulation.

En somme, figure de la totalité harmonieuse, de l’unité créatrice, de l’Homme de Feu et de Lumière, de la souveraineté artiste.

Source : La revue du troisième millénaire (2010)

Télecharger : Revue Epignôsis. No I, Cahier 1 Juin 1983

Télecharger : Revue Epignosis. No 2, Cahier 1. Octobre 1983-Yves-Albert-Dauge

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