Les manipulations génétiques d’embryons humains autorisées au Royaume-Uni

L’autorité pour l’embryologie et la fertilisation humaine britannique (HFEA) a autorisé une équipe de chercheurs de l’Institut Francis-Crick de Londres à procéder à des manipulations génétiques sur des embryons humains.

Cette opération se fera uniquement dans un but de recherche fondamentale, grâce à la technique d’ingénierie du gène Crispr-Cas9. Elle suscite néanmoins de vives réactions.

Des chercheurs anglais ont reçu une première autorisation pour manipuler génétiquement des embryons humains dans le cadre de recherche fondamentale.

Crispr-Cas9 : bricoler le génome devient (trop ?) facile

La technique crispr-Cas9 développée depuis 2012 est un outil qui permet de corriger l’ADN défectueux, “un peu comme un logiciel de traitement de texte peut permettre d’éditer ou de corriger la typographie d’un document“, selon la biologiste Emmanuelle Charpentier à l’origine de cette découverte avec l’américaine Jennifer Doudna. “C’est un peu comme un couteau suisse qui coupe l’ADN à un endroit précis et qui peut être utilisé pour introduire toute une série de changements dans le génome d’une cellule ou d’un organisme“, avait indiqué la biologiste qui travaille à l’Institut Max Planck à Berlin. Cette technique avait été désignée découverte de l’année en 2015 par la revue Science.

En avril 2015, une équipe chinoise avait annoncé avoir utilisé la technique d’ingénierie du gène Crispr-Cas9 sur des embryons humains non viables afin de manipuler un gène défectueux à l’origine d’une maladie du sang, la bêta-thalassémie. L’équipe du généticien Junjiu Hang avait alors avoué avoir eu de grandes difficultés pour obtenir la correction voulue sur une maigre fraction des embryons utilisés. Ils avaient alors appelé à améliorer la technique pour de réelles applications médicales. Mais cette première avait suscité un réel émoi de la part de la communauté internationale.

Plusieurs experts avaient appelé à réfléchir d’urgence à encadrer d’un point de vue éthique ces pratiques. Jennifer Doudna avait même publié une tribune dans le prestigieux magazine scientifique Nature, appelant de ses vœux à l’instauration de garde-fous pour sa technique.

Des manipulations génétiques d’embryons humains autorisés au Royaume-Uni

La décision de l’autorité pour l’embryologie et la fertilisation humaine britannique (HFEA) va certainement relancer le débat et faire resurgir le spectre de dérives eugénistes. L’équipe britannique de Kathy Niakan devrait se pencher sur les 7 premiers jours de développement de l’embryon (soit quand il passe d’une à 250 cellules) afin de comprendre quels sont les gènes les plus cruciaux pour son développement, en inactivant sélectivement un seul gène.

Le but n’est évidemment pas de réimplanter ces embryons dans un utérus, mais de mieux comprendre comment un embryon sain se développe, comment améliorer son développement après une fécondation in vitro (FIV)*, fournir de nouvelles pistes contre l’infertilité et la survenue de fausses couches… Ces embryons seront donnés par des patients qui ont eu recours à une FIV et ont donné leur consentement pour que les embryons surnuméraires (ceux qui n’ont pas été utilisés) puissent aider la recherche.

L’autorisation donnée par la HFEA ne constitue pas un feu vert définitif. Un comité d’éthique doit encore accepter cette expérimentation pour qu’elle puisse débuter dans les mois suivants.

Avancée scientifique ou risque de dérive ?

L’Angleterre autorise également la “fécondation in vitro à 3 parents” : incluant en plus des cellules germinales des parents, l’ADN mitochondrial d’une donneuse introduit dans l’œuf pour éviter des maladies métaboliques. L’Angleterre contrairement à la France n’est pas signataire de la convention Oviedo, ratifié par la plupart des pays européens, qui interdit “toute modification génique sur des embryons qui serait transmise aux générations futures“. La modification génétique d’embryons à des fins de traitements y est interdite, mais elle est autorisée dans le cadre de la recherche. C’est dans ce cadre qu’intervient la demande l’Institut Francis Crick.

Certains craignent qu’à terme, on franchisse la ligne rouge qui permettrait des utilisations dangereuses et contraires à l’éthique, permettant de façonner le génome d’un être humain, créant au choix un bébé parfait voire surhumain, si on décidait de jouer aux apprentis-sorciers en lui conférant des caractéristiques particulières.

En France, plusieurs sociétés savantes réfléchissent à des avis sur l’utilisation de cette technique d’ingénierie du génome Crispr-Cas9 sur les cellules germinales et l’embryon humain. Même si le pire n’est pas forcément à craindre, doit-on freiner la recherche sous prétexte qu’elle pourrait donner lieu à des dérives dangereuses ? Peut-on s’appuyer sur des garde-fous nationaux pour freiner ces recherches qui sont l’objet d’une course mondiale, y compris avec des pays qui ne sont pas astreints aux mêmes réserves éthiques ? Venez en débattre sur nos forums.

David Bême

Sources :

HFEA approval for new “gene editing” techniques – 01 February 2016 – The Francis Crick Institute (accessible en ligne)

CRISPR: The good, the bad and the unknown. Nature November 2015. Special supplement .

CRISPR/Cas9-mediated gene editing in human tripronuclear zygotes – Junjiu Huang et al. – Protein Cell 2015, 6(5):363–372 DOI 10.1007/s13238-015-0153-5 (étude accessible en ligne)

Source : Doctissimo (Février 2016)