Dépakine : l’État français va indemniser les victimes

L’État va indemniser les victimes de l’antiépileptique Dépakine sans “chipoter” mais n’exclut pas de se retourner vers “d’autres responsables”, a indiqué Marisol Touraine.

Il faut que les victimes soient indemnisées rapidement et simplement. On ne va pas chipoter“, a déclaré la ministre de la santé Marisol Touraine dimanhe 4 septembre 2016 au “Grand Jury” RTL-LCI-Le Figaro. “Et s’il (l’État) pense que d’autres responsables que l’État sont en jeu, alors il va se retourner contre eux“, a-t-elle ajouté.

Je suis pour que ceux qui sont responsables paient – Marisol Touraine

Le gouvernement a annoncé en août 2016 qu’un fonds d’indemnisation serait voté au Parlement d’ici à la fin de l’année pour les victimes de la Dépakine (Sanofi Aventis), un médicament sur la sellette depuis plusieurs années à cause d’un risque élevé de malformations congénitales et de troubles neurodéveloppementaux (autisme, retards intellectuels et/ou de la marche) chez les bébés de femmes ayant pris le médicament. Interrogé sur le financement de ce fonds, la ministre de la santé a rejeté l’idée d’une taxe sur tous les produits de santé préconisée récemment par le député socialiste Gérard Bapt, estimant que cela n’était ni “très juste, ni très moral“. “Je suis pour que ceux qui sont responsables paient et pas pour que tout le monde mette au pot“, a-t-elle dit, en citant l’exemple de la responsabilité du laboratoire Servier dans le scandale du Mediator.

L’information a manqué (NDLR : où le scandale n’a pu être dissimulé..?)

Mme Touraine a également reconnu que les autorités sanitaires avaient tardé à informer des risques encourus les femmes en âge de procréer prenant de la Dépakine, un médicament “très important et très utile” et qu’il “n’est pas envisageable de retirer du marché“. “Ce qui est absolument nécessaire, c’est que les femmes soient informées (NDLR : et que BigPharma continue à prospérer..) et c’est ce qui a manqué jusqu’en 2010“, a-t-elle dit. Elle a par ailleurs précisé la mission confiée au début de l’année à deux magistrats concernant les modalités des indemnisations. Ils vont “se prononcer sur le mécanisme de l’indemnisation, sur la date à partir de laquelle on va considérer que l’information devait être donnée, c’est-à-dire la date à partir de laquelle les données scientifiques étaient bien connues, et sur les éventuelles responsabilités des uns et des autres“, a-t-elle expliqué.

Source : Sciences et Avenir (Septembre 2016)

Plus de 50 000 victimes
Les chiffres rendus publics fin août par l’assurance maladie et l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé sont terribles. Et pourtant, ils sont limités puisque les données collectées renvoient à la période 2007-2014, alors que cela fait plus de quarante ans que ces produits sont prescrits.

Entre 2007 et 2014, ce sont donc 14 322 femmes qui ont reçu pendant leur grossesse ces produits, soit 1,9% de grossesses exposées pour 1 000 en France. 8 701 enfants en sont nés. Ce qui indique, en creux, que plus de 40% des grossesses n’ont pas été jusqu’à leur terme, un taux très élevé, et qui interroge : selon l’étude, une IVG a eu lieu dans 30% des cas, une fausse couche dans 8%, et la naissance d’un enfant mort né dans 1% des cas. «De 2007 à 2014, le nombre annuel de grossesses exposés à l’acide valproique a régulièrement décru, passant de 2 316 à 1 133», a noté l’étude.

De fait, l’étude ne précise pas le nombre d’enfants atteints de malformations et de problèmes neuro-développementaux, mais par simple déduction sur la période 2007-2014, on arrive à près de 4 000. «Ce qui est énorme, insiste Marine Martin, présidente de l’association Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant (Apesac), à l’origine de la révélation de cette affaire. Sur cinquante ans, on arrive à un chiffre entre 50 000 et 70 000 femmes touchées.» On le voit, nous sommes sur des ordres de grandeur impressionnants, et comme le dit la ministre, il n’y a pas lieu de… chipoter, d’autant que les handicaps sont souvent lourds, très invalidants, et en tout cas ils brisent des familles entières où l’on voit deux, trois enfants touchés. Et le plus inquiétant est que l’affaire n’est pas finie. «Les résultats de cette étude mettent en évidence la persistance d’un niveau élevé d’exposition parmi les femmes enceintes et les femmes en âge de procréer en France», a insisté le rapport.

Source : Libération (Septembre 2016)