États-Unis : Les erreurs médicales sont la troisième cause de décès

Elles sont la troisième cause de décès, après les maladies cardiovasculaires et le cancer. Les erreurs médicales tueraient chaque année environ 250.000 personnes, selon les calculs de deux experts publiés dans la revue British Medical Journal.

Un problème mondial

Martin Makary et Michael Daniel, de la Johns Hopkins University school of Medecine de Baltimore, se sont appuyés sur des études remontant jusqu’en 1999 et sur l’ensemble des hospitalisations répertoriées en 2013. Pourtant, ils jugent ce chiffre « sous estimé », car ne tenant compte que des décès survenus à l’hôpital.

Et selon les experts, ce problème ne serait pas limité aux Etats-Unis mais existerait partout dans le monde. « Les gens meurent d’erreurs de diagnostic, de surdoses de médicaments, de soins fragmentés, de problèmes de communications ou de complications évitables », précise Martin Makary, qui estime que la mauvaise qualité des soins en Afrique tue probablement « plus de gens que le sida ou le paludisme réunis ».

Des mesures nécessaires

D’où la nécessité de mettre en place des mesures permettant de réduire « la fréquence » et « les conséquences » de ces erreurs. Dans le certificat de décès, les experts préconisent ainsi de faire figurer des données précisant si des complications liées aux soins ont joué un rôle dans la mort du patient.

Ils réclament également que des enquêtes indépendantes puissent être effectuées rapidement dans certains décès, pour déterminer si des erreurs médicales ont été commises.

Source : 20Minutes (Mai 2016)


«On estime à 450.000 le nombre d’erreurs médicales en France par an en FRANCE»

ENTRETIEN Président de l’Association d’aide aux victimes d’accidents, le docteur Dominique Courtois revient sur les onze millions d’euros accordés par la justice à la famille d’un enfant devenu handicapé à cause d’une erreur médicale…

Il ne marche pas. Est alimenté par une sonde. Et a besoin d’assistance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Philippe Giardina a 14 ans. Et aucun espoir que sa situation ne s’améliore avec le temps. Le jour de sa naissance, une erreur médicale commise par un gynécologue obstétricien l’a rendu handicapé à 100%. Lundi, la cour d’appel d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) a donc accordé onze millions d’euros à sa famille afin de l’aider jusqu’à la fin de sa vie.

Médecin reconnu et président de l’Association d’aide aux victimes d’accidents corporels, Dominique Courtois décrypte pour 20 Minutes les ressorts de cette décision de justice et dévoile l’ampleur des erreurs médicales en France.

Le montant de cette indemnisation paraît énorme? Est-ce courant d’accorder à une telle somme à une victime d’erreur médicale?

Nous avons plusieurs cas de ce type. Le montant peut frapper les gens mais il faut bien comprendre que les parents ne sont pas repartis du tribunal avec un chèque de onze millions. Il s’agit d’une sorte de rente qui va leur être versée chaque année pour prendre en charge leur fils. C’est horrible de dire ça mais si cet enfant meure dans deux ans, ses parents ne toucheront donc pas onze millions d’euros.

Comment calcule-t-on ce type d’indemnité?

Il y a plusieurs critères qui entrent en ligne de compte. Le premier d’entre eux, c’est que dans un tel cas, l’enfant a besoin d’une assistance vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Disposer d’auxiliaire de vie coûte cher. Pour quelqu’un de grabataire en permanence, le coût est d’environ 200 à 220.000 euros par an. Il faut bien comprendre que nous avons par exemple des personnes plongées dans un coma «pauci-relationnel» qu’il faut bouger toutes les heures. Il faut bien payer les gens qui s’occupent de ce type de patient.

Ensuite, il y a beaucoup de critères qui rentrent dans l’indemnisation. Je n’en citerai qu’un: le préjudice professionnel. A cause de l’erreur médicale, cet enfant ne travaillera jamais. Il faut donc prévoir, dans son indemnité, l’équivalent d’un Smic à vie.

Y a-t-il beaucoup d’erreurs médicales en France?

Il n’y a pas de statistiques officielles. Mais on estime à 450.000 le nombre d’erreurs médicales chaque année dans l’Hexagone. Cela peut paraître énorme mais cela représente au final 1% des actes médicaux estimés, eux à 450 millions par an. Il y a les erreurs dans l’administration de médicaments par exemple ou les actes médicaux à proprement parler. Mais toutes les erreurs n’entraînent pas forcément de problèmes.

Combien de décès sont dus à ces erreurs?

On estime de 9 à 12.000 le nombre de personnes qui décèdent suite à une erreur dans l’administration d’un médicament. Les infections nosocomiales sont responsables, elles, de 5 à 6.000 décès. Enfin, les erreurs médicales graves représentent environ 5.000 morts chaque année.

Comment réduire ce nombre?

En Grande-Bretagne ou en Allemagne, les praticiens ont l’obligation de déclarer les erreurs qu’ils commettent. Non pas dans le but de jeter l’opprobre sur eux. Mais de manière à ce que leurs collègues ne reproduisent pas les erreurs qu’ils ont pu commettre un jour.

Source : 20Minutes (Décembre 2014)