Deux ados créent des lunettes pour les sourds

Tout juste âgé de 17 ans, Daniil Frants, originaire de New York, a mis au point, à l’aide de ses camarades de classe, une paire de lunettes révolutionnaires permettant aux personnes malentendantes de suivre une conversation sans la moindre difficulté.

Comme l’écrivait Pierre Corneille dans Le Cid, « la valeur n’attend point le nombre des années ». Le jeune lycéen new-yorkais Daniil Frants illustre à merveille cette affirmation. En dépit de son âge et du fait qu’il use toujours ses jeans sur les bancs de sa high-school à Manhattan, le lycéen se trouve à la tête de l’une des entreprises les plus innovantes des États-Unis !

Il y a quelques mois, alors âgé de 16 ans, Daniil est parvenu à créer un système permettant aux sourds et malentendants de comprendre et de participer « de manière naturelle », à n’importe quelle conversation. Le procédé est des plus ingénieux. Baptisé LTCCS (Live-Time Closed Captioning System), il se compose d’un microphone miniature fixé sur une chemise ou un tee-shirt, lequel transmet les sons et paroles à un capteur placé sur la branche d’une paire de lunettes portée par la personne malentendante.

Micro et écran miniatures

Ces sons sont ensuite traduits en textes, apparaissant sur un minuscule écran attaché aux verres. La personne peut ainsi lire – en temps réel – ce qui se dit durant la conversation et y répondre de manière immédiate. Toutes les situations ont même été prévues pour assurer le confort de l’utilisateur. En effet, réglé de manière très fine, le micro se concentre exclusivement sur la voix humaine, même en situation bruyante (bar, discothèque, rue, bord de mer, etc.).

Les lunettes pour malentendants se composent notamment d’un micro fixé aux vêtements. (Photo : Frants Innovators)

« Cette idée m’est venue alors que je discutais avec mon professeur de guitare, explique Daniil Frants. Il se demandait si les « Google Glass » étaient en mesure de l’aider à communiquer avec son père qui était équipé d’un appareil auditif. En rentrant chez moi, j’ai commencé à travailler sur cette question, en montant et démontant ces Google Glass. J’ai essayé d’y ajouter des capteurs et des puces, mais après six mois d’essais, cela ne menait nulle part. »

Daniil Frants s’est alors décidé à bâtir un tout nouveau système, en partant de zéro. « J’ai créé certaines pièces et j’en ai utilisé d’autres que j’avais pris soin de modifier : le processeur d’un ordinateur de poche, un capteur de voix et d’autres éléments glanés à des salons de technologie. J’ai ensuite cherché le moyen de les faire fonctionner ensemble. Et lorsque je me trouvais dans une impasse ou que j’avais besoin d’apprendre de nouvelles techniques, je faisais des recherches sur internet pour trouver des réponses. »

Un petit génie du bricolage high-tech

Un jeu de construction d’apparence artisanal, mais loin d’être effectué par n’importe qui. Extrêmement brillant, Daniil Frants fut ainsi, à 14 ans, le plus jeune stagiaire à intégrer le prestigieux MIT (Massachusetts Institue of Technology) Media Lab, dont les recherches portent sur les prothèses intelligentes destinées à faciliter la vie des personnes en situation de handicap. À ceci s’ajoute un intérêt pour le « cyber art », certaines de ses créations ayant fait l’objet d’expositions à travers le monde.

Un écran miniature traduit en textes et en temps réel les sons entendus lors d’une conversation. (Photo : Frants Innovators)

Non content d’être parvenu à réaliser une prouesse technologique, avant même d’avoir obtenu son diplôme de fin de lycée, le jeune New-Yorkais s’est empressé de capitaliser sur sa trouvaille en créant sa propre société : Frants Innovators Inc. L’adolescent a aussi mis à contribution ses camarades de classe pour développer son projet et placé, au poste de vice-président de l’entreprise, un garçon de… 14 ans, Ilan Pesselev.

Financement participatif

Pour mener à bien son aventure technologique, Frants a également mis en place une campagne de « crowdfunding » ou financement participatif, le mois dernier, sur la plateforme Indiegogo.com, avec l’objectif de récolter 400 000 dollars. Mais pour l’heure, celle-ci culmine à 3 500 dollars…

Qu’importe, sûr de son fait et du soutien affiché par de nombreux chercheurs américains, le jeune homme espère présenter un prototype performant au mois de juin ou au cours de l’été 2016.« Nous pouvons aller très vite si nous avons les fonds nécessaires, indique le lycéen. Et je pense qu’au final nous pourrons commercialiser ce système aux alentours de 750 dollars. »

Conscient de l’efficacité d’une bonne publicité, Daniil Frants est déjà apparu sur de nombreux plateaux de télévision aux États-Unis et notamment lors de la très populaire émission The Tonight Show with Jimmy Fallon sur NBC, dont la vidéo est visible sur YouTube.

Et lorsque son système de lunettes sera devenu réalité, le jeune New-Yorkais a l’intention d’intégrer le MIT pour y étudier les sciences informatiques, tout en faisant de sa société « un laboratoire de développement pour les nouvelles idées en matière de technologie ». Scientifique, créatif et pragmatique, Daniil Frants semble avoir de beaux jours devant lui !

Source : Ouest France (Décembre 2015)