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Les deux géants de la chimie ont annoncé ce vendredi une fusion à 130 milliards de dollars. DuPont va supprimer 10% de ses effectifs.

Le mariage était dans l’air depuis quelques jours, il a été officialisé ce vendredi. Les deux géants américains Dow Chemical et DuPont ont annoncé leur fusion, qui donnera naissance à un mastodonte de la chimie pesant près de 130 milliards de dollars en Bourse et avec un chiffre d’affaires cumulé de 90 milliards. L’opération, toute en actions et que les deux entreprises veulent voir aboutir au second semestre 2016, suscitera selon toute vraisemblance un examen minutieux de la part des autorités de la concurrence. L’opération était en discussion depuis février, a indiqué le patron de DuPont, Ed Breen, qui prendra le poste de directeur général du nouvel ensemble, quand le PDG de Dow Chemical, Andrew Liveris, deviendra président exécutif.

La nouvelle entité, dont Dow et DuPont auront chacun la moitié du capital, doit être baptisée DowDuPont et scindée ensuite, dans les 18 à 24 mois suivant l’aboutissement de la fusion, en trois unités indépendantes cotées séparément. Le but de l’opération est en effet de séparer le nouvel ensemble entre les activités dans l’agrochimie et les semences, la chimie spécialisée et la science des matériaux – prélude possible à une future cession d’un ou plusieurs des pôles les moins rentables. Les plastiques et la chimie spécialisée alimentent de fortes promesses, car ils tirent parti de la baisse des coûts du pétrole. L’agrochimie et les semences inquiètent davantage, du fait des difficultés du monde agricole. Ce démembrement était réclamé depuis des mois par les investisseurs activistes Daniel Loeb et Nelson Peltz, présents respectivement chez Dow et chez DuPont ; la fusion sonne donc comme une victoire pour eux.

Vers de nouvelles fusions ?

Dans le même temps, vendredi, DuPont a présenté un vaste plan de réduction de coûts de l’ordre de 700 millions de dollars passant notamment par la suppression de 10% des effectifs. L’entreprise plus que centenaire, qui employait environ 54.000 personnes fin 2014, prévoit de passer à l’occasion une provision de 780 millions de dollars, dont 650 millions dédiés aux coûts de licenciements et 130 millions liés à des charges sur des actifs et des fins de contrats, précise un communiqué du groupe.

Au total, les deux groupes espèrent que les synergies permettront de dégager 3 milliards de dollars d’économies et que l’opération leur permettra d’augmenter leur valeur boursière d’environ 30 milliards de dollars. Une aubaine alors que les six géants des semences et de l’agrochimie (Monsanto, Syngenta, Bayer, DuPont, Dow Chemical et BASF) souffrent tous de la chute des prix des matières premières, qui fragilisent leurs clients agricoles, et du ralentissement des grands pays émergents, comme le Brésil. DuPont, par exemple, a vu ses profits s’effondrer de près de 50 % au dernier trimestre. Le manque de produits innovants fait que la concurrence se joue avant tout sur les prix, ce qui réduit d’autant les bénéfices.

Le projet de fusion n’est pas forcément une bonne nouvelle pour la concurrence, et donc pour les prix : les deux entreprises vendent 16 % des pesticides dans le monde. Ensemble, elles accapareraient près de 40 % des ventes de semences de maïs et de soja américains. Des cessions d’activités seront nécessaires pour que les autorités de la concurrence donnent leur feu vert. Surtout, la transaction va mettre une pression incroyable sur des concurrents comme Syngenta ou Monsanto, en poussant les uns et les autres à grossir encore. De quoi favoriser une nouvelle fois des fusions géantes dans le secteur.

Source : Les Echos (Décembre 2015)