L’abattoir d’Alès fermé après la diffusion d’une vidéo choc

Des chevaux découpés alors qu’ils sont encore vivants, des bovins mal étourdis suspendus par une patte, des cochons gazés qui reprennent conscience sur la chaîne d’abattage…

L’enquête de l’association L214 dénonce les méthodes de mise à mort des animaux pratiquées dans l’établissement. Le maire de la ville a rapidement réagi.

Des images qui donnent la nausée. «Je n’ai jamais vu des images aussi dures», prévient Sébastien Arsac, porte-parole de L214. L’association de défense des animaux a diffusé des vidéos de l’abattoir d’Alès dans le Gard, tournées par des caméras fixes installées au sein de l’établissement. Durant près de dix jours, une cinquantaine d’heures de film, particulièrement insoutenables, ont ainsi été réalisées. L’association a ensuite mis en ligne les vidéos chocs.

La mairie n’a pas tardé à réagir. Peu après la diffusion de ces images, le maire d’Alès, Max Roustan (Les républicains), «ému par ces images, décide la fermeture immédiate à titre conservatoire de cet établissement, ainsi que le lancement d’une enquête administrative interne sur d’éventuels manquements aux normes d’abattage des animaux», indique la municipalité. «A l’issue de l’enquête interne, si des fautes sont reconnues, des sanctions seront prises pouvant aller jusqu’à la fermeture définitive de l’abattoir d’Alès», ajoute le maire.

De son côté, la préfécture, indique qu’une visite effectuée en septembre avait permis de relever «plusieurs des manquements» dénoncés dans la vidéo «bien que non comparables aux extraits diffusés». Elle ajoute qu’une «mise en demeure administrative» avait été ordonnée pour «mettre fin aux pratiques professionnelles non conformes à la réglementation».

Contacté par Le Figaro, l’abattoir n’a pas souhaité répondre, répliquant par un très laconique: «Nous ne commentons pas ces vidéos».

Et si les autorités ont rapidement réagi, c’est que les images diffusées sont violentes. On peut notamment y voir un employé découper la patte d’un cheval encore vivant, dans cet abattoir municipal où chaque année, 3000 chevaux, 20.000 cochons, 40.000 moutons et 6000 bovins sont tués et qui fournit les boucheries locales, mais aussi des collèges, des lycées et des hôpitaux, précise l’association ainsi qu’une filière bio. D’autres équidés, mal étourdis, reprennent conscience sur la chaîne d’abattage. De nombreux chevaux refusent de rentrer au poste d’étourdissement, certains reçoivent des coups de bâton, d’autres se cognent à la porte du box qui se referme sur eux. «Des chevaux montrent des signes de reprise de conscience au moment de l’accrochage par un membre sur la chaîne et au moment de leur saignée. À aucun moment, les employés ne réalisent un étourdissement de secours devant les signes de reprise de conscience des chevaux», s’indigne l’association.

Des nacelles surchargées, @L214

Par ailleurs, la violente asphyxie des cochons gazés est filmée dans la fosse à CO2. Ils sont placés dans des nacelles surchargées. Les comportements de panique et les manifestations de douleur sont patents. «De plus, l’exposition au gaz n’est pas suffisante pour maintenir tous les cochons dans un état d’inconscience jusqu’à leur mort», indique l’association. «Si la méthode d’asphyxie par CO2 est légale, la réglementation impose de les y laisser au moins 120 secondes. Or, dans cet abattoir ils y restent parfois 30 secondes», indique Sébastien Arsac. Certains cochons reprennent conscience au moment de la saignée.

«Des réactions violentes sont observées pendant environ 30 secondes et l’inconscience semble apparaître après 85 secondes. […]

On observe, sur les images, des porcs montrant des signes de reprise de conscience dans la salle de saignée surtout sur les animaux d’une même nacelle saignés en dernier», indique dans son rapport, le Professeur Mouthon, vétérinaire, expert près les Cours administratives d’appel de Paris et de Versailles.

Les bovins non étourdis sont massacrés, @L214

Des bovins ne sont pas épargnés par ces traitements cruels. «Les animaux mal étourdis ne sont pas étourdis une deuxième fois comme l’exige la réglementation. Ils sont alors égorgés à même le sol ou sont suspendus par une patte. Les bovins non étourdis sont massacrés au couteau et agonisent pendant de longues minutes, indique L214.

Les moutons sont quant à eux égorgés en pleine conscience dans un tonneau rotatif avec pleine vue sur la salle où sont découpés leurs congénères. Les animaux sont sortis du tonneau encore conscients, certains tentent de se relever après avoir eu la gorge tranchée.

«À cause de ces défaillances, la plupart des animaux ont une mort violente et agonisent lentement sous le regard indifférent des employés», s’indigne l’association de défense des animaux. Au-delà de la souffrance animale, «les règles sanitaires élémentaires ne sont pas respectées», prévient L214. Ainsi, l’association porte plainte pour cruauté contre cet abattoir auprès du tribunal de grande instance d’Alès.

Les images ont atteint leur but. Outre les réactions des autorités, plus de 40.000 personnes ont signé la pétition de l’association. Brigitte Gothière, co-fondatrice de L214, ajoute: «Nous nous réjouissons de la décision du maire de la ville, mais sommes attachés à rappeler que tous les abattoirs sont des lieux de mort violente et de détresse pour les animaux: la seule véritable justice qui puisse leur être rendue est de cesser de les consommer».

Source : Le Figaro (Octobre 2015)