USA : il augmente le prix d’un médicament de 5500 % pour “faire de bons bénéfices”

Un traitement présent dans la liste des médicaments essentiels de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a vu son prix brutalement passer de 13,5 dollars à 750 dollars. Le nouveau titulaire des droits d’exploitation a justifié cette hausse par son désir de réaliser “de bons bénéfices”.

Les experts du Guinness Book sont probablement déjà en route pour homologuer un double record : celui de la cupidité et du cynisme, battu haut la main ce week-end par Martin Shkreli, PDG de la société Turing Pharmaceuticals. A peine acquis les droits sur la molécule pyriméthamine (antipaludéen et, surtout, anti-toxoplasmose[1], voir encadré), Shrekli a pris la décision d’augmenter le prix du traitement de 5500%.

Le comprimé de pyriméthamine (Daraprim®) est ainsi passé du jour au lendemain de 13,5 dollars à 750 dollars… pour un coût de production de 1 dollar.

Cette hausse a tout d’abord attiré l’attention d’associations de patients, avant de faire l’objet ce 21 septembre d’un article – très remarqué – dans le New York Times.

Sur la chaine CNBC, le jeune homme d’affaire a déclaré qu’il se devait de faire du profit avec ce médicament. “A ce prix, nous restons en bas de l’échelle de ce que coûtent les médicaments pour maladies orphelines et en tout cas nous ne sommes pas le premier fabricant à augmenter les prix de médicaments. […] On a augmenté le prix de façon à faire de bons bénéfices, mais pas des bénéfices ridiculement élevés“. Sur la chaîne CBS, il a surenchérit : “Les entreprises [qui commercialisaient le Daraprim® auparavant] le donnaient presque.” Avant d’oser cette analogie automobile : Si une société vendait une Aston Martin au prix d’une bicyclette, et que nous rachetions cette société, puis pratiquions les prix de Toyota, je ne crois pas que c’est un crime.”

Aux Etats-Unis, le prix des médicaments n’est pas régulé par les autorités sanitaires. En France, le prix de vente des médicaments remboursables par l’Assurance-maladie est fixé par convention entre l’entreprise exploitante et le Comité économique des produits de santé (CEPS), organisme dépendant du ministère de l’Économie et des finances, du ministère des Affaires sociales et de la santé et du ministère du Redressement productif.

L’affaire Turing Pharmaceuticals devient politique

Suite à la publication de l’article du New York Times, la candidate démocrate à la Maison-Blanche, Hillary Clinton, a vivement attaqué Turing Pharmaceuticals. Lundi, 21 septembre, un tweet dénonciateur de la candidate avait contribué à la chute de l’indice Nasdaq des sociétés de biotechnologies de 4,5%.

En campagne dans l’Iowa, elle a bientôt dénoncé “les grandes compagnies pharmaceutiques [qui] reçoivent des milliards de dollars d’allègements fiscaux chaque année et gagnent des milliards de bénéfices chaque année, [et dont] beaucoup dépensent plus d’argent en marketing et en publicité qu’en recherche“. Elle a défendu la création d’un plan conditionnant les allègements fiscaux de l’industrie pharmaceutique à un certain niveau de réinvestissement des bénéfices dans la recherche et le développement.

La candidate voudrait aussi plafonner à 250 dollars par mois (225 euros) les dépenses de médicaments non prises en charge par les assurances (de tels plafonds existent pour les dépenses médicales annuelles, avec des montants variables selon les assurances). Elle s’est enfin déclarée favorable à l’importation de médicaments étrangers qui seraient moins chers, à condition qu’ils répondent aux normes américaines.

Mardi soir, le PDG de Turing Pharmaceuticals a finalement annoncé qu’il réviserait le nouveau prix du Daraprim® “à la baisse”, sans plus de précisions.

“Des erreurs ont été commises sur la manière dont nous avons essayé de faire comprendre aux gens pourquoi nous avons procédé ainsi. Je pense que c’est une bonne idée de baisser le prix en réponse à la colère ressentie par les gens”, a reconnu le PDG.


[1] La toxoplasmose est une infection parasitaire très dangereuse pour le fœtus, pour les femmes enceintes, ainsi que pour les personnes présentant un système immunitaire affaibli (personnes atteintes du sida, patients sous chimiothérapie…)

Source : Allo Docteurs (Septembre 2015)