Gros sous : Pénurie organisée de l’anti-venin FAV-Afrique (Sanofi Pasteur)

C’est un outil précieux que perdront les médecins africains fin 2016. A cette date, les derniers lots de FAV-Afrique, un sérum anti-venin très efficace contre la morsure de serpents, auront été épuisés.

Et il n’y aura pas de nouvelle livraison : Sanofi, son inventeur, a arrêté en 2014 la fabrication, faute de clients. « Quand la décision a été prise en 2010, nous ne vendions plus que 5 000 doses contre 30 000 quelques années auparavant », explique Alain Bernal, porte-parole de Sanofi-Pasteur.

Pour Médecins sans frontière (MSF), le FAV-Afrique était inabordable pour la majorité des patients. «  A 100 euros la dose, le marché était nécessairement limité », insiste Julien Potet, responsable des campagnes d’accès aux médicaments essentiels au sein de l’ONG. Ironie de l’histoire, les 20 000 dernières doses ont été écoulées en six mois. Un record.

D’autres anti-venins sont commercialisés en Afrique, en majorité fabriqués par des laboratoires indiens. Moins chers, ils sont aussi nettement moins efficaces. « FAV-Afrique est l’un des rares produits capables de neutraliser le venin de dix serpents à travers l’Afrique subsaharienne, et qui a prouvé son efficacité à sauver des vies », insiste MSF.

« Une maladie négligée »

De son côté, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constate « l’arrivée sur certains marchés de sérums inadaptés, non testés, voire contrefaits », et s’inquiète de la rupture de stock « imminente » d’anti-venins efficaces alors que les morsures de serpent concernent 5 millions de personnes par an et sont la cause de 100 000 décès. Et environ trois fois plus souffrent de graves séquelles (le plus souvent liées à une amputation). Les enfants sont les premières victimes, en raison de leur faible corpulence.

Sanofi est en discussion (En lobbying ! NDLR)  avec plusieurs laboratoire susceptibles de reprendre la production de son sérum. « Mais on ne se bouscule pas », reconnaît Alain Bernal. Le business model (L’Homme n’est bien qu’une marchandise à profits ! NDLR) n’a rien d’évident, comme c’est le cas pour la plupart des médicaments destinés à des patients peu ou pas solvables. L’OMS ne dispose ainsi d’aucun programme officiel pour lutter contre les morsures de serpents, considérées comme « une maladie négligée ».

« Actuellement, aucun important bailleur de fonds ne finance le coût du traitement [malgré] l’ampleur des décès et des blessures causées par des morsures de serpent », regrette MSF. « La question est également négligée dans bon nombre des pays les plus touchés, avec des gouvernements et des ministères de la santé qui ne parviennent pas à former le personnel de santé dans le diagnostic et la gestion des cas d’empoisonnement par morsure de serpent ». Une étude à pourtant démontré qu’il s’agissait d’une des interventions les plus rentables en matière de santé publique (Mais pas en matière de profit pour Sanofi Pasteur… NDLR).

« Prendre des mesures immédiates »

Dans la savane africaine, on compte plus de 100 morsures par an pour 100 000 personnes, avec un taux de mortalité de 10 à 12 % en l’absence de traitement.

Selon MSF, la pénurie de FAV-Afrique, se poursuivra au moins jusqu’à la fin de l’année 2018 et se traduira par « d’innombrables décès ». « Les acteurs mondiaux de la santé, les bailleurs de fonds, les gouvernements et les compagnies pharmaceutiques doivent assumer leur part de responsabilité face à cette négligence et considérer les morsures de serpent comme une crise de santé publique face à laquelle ils doivent prendre collectivement des mesures immédiates et appropriées », conclut MSF.

Source : Le Monde (Septembre 2015)