J’ai eu 2 bacs, fait Maths Sup, Maths Spé… Aujourd’hui, je suis clown !

Après Maths Sup et Maths Spé, Jean-Christian Guibert est devenu clown.

Jean-Christian Guibert était préprogrammé par sa famille à devenir ingénieur. Après plusieurs années d’études qui ne lui correspondaient pas, il a finalement décidé de devenir clown.

Pendant longtemps, j’ai fait partie des premiers de la classe. J’étais bon dans toutes les matières, mais quand je suis rentré au lycée, ça a été le début de la chute libre.

J’amorçais alors une dépression qui allait durer plus de deux ans et demi.

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Deux bacs, j’ai fait des études pour devenir ingénieur

Paumé, j’ai passé tant bien que mal un bac C, scientifique. Je l’ai décroché avec une moyenne générale d’environ 12/20. Rien de bien merveilleux en comparaison de mes notes de collège. Inespéré en comparaison de mon état moral.

Je n’avais pas du tout géré l’après bac. J’ai décidé de refaire une année de terminale pour passer un bac technologique en vue de faire une prépa techno et faire ensuite l’école des Arts et Métiers. Je l’ai une nouvelle fois obtenu et j’ai suivi la voie que mes parents avaient tracé pour moi : devenir ingénieur, comme mon père. Mais au fond je me demandais ce que j’allais bien pouvoir devenir.

C’est donc dépourvu de toute motivation que je suis rentré en Math Sup, puis Maths Spé dans l’espoir de passer les concours d’entrée en école d’ingénierie. Je les ai loupés à quelques centièmes de point près.

Quelques soient les résultats, j’étais résolu à ne pas redoubler. Cet échec fut une libération et cette libération, une surprise.

Je cherchais une nourriture autre qu’intellectuelle

J’ai roulé ensuite ma bosse pendant quelques années : en école d’ingénieur designer, au service militaire, chef de projet culturel… Je cherchais une nourriture autre qu’intellectuelle.

 J’ai toujours été attiré par l’art comme mode d’expression. Je me souviens d’un professeur d’art plastique de 3e qui pourtant ne m’appréciait pas plus que cela, mais qui avait insisté un trimestre sur le thème :

 “Tu devrais faire les Beaux-Arts. Tu as quelque chose.”

 Pour moi, c’était inconcevable. Dans ma tête, ça ne pouvait que signifier que j’allais finir prof de collège. Folle jeunesse. Mais l’idée a fait son chemin.

Après un an à Londres à cumuler les petits boulots, je suis finalement rentré en France et j’ai intégré une troupe de théâtre avant de me lancer dans le théâtre de rue.

 Clown au cabaret, à l’hôpital, dans les familles…

Gagner sa vie à passer le chapeau, les petits contrats d’animation, un carnaval par-ci, un tournage de pub par-là, rentrer dans le métier, monter un premier spectacle, un deuxième, créer des événements, chercher, travailler, jouer, chercher encore jusqu’au jour où j’ai fait un stage de clown professionnel.

Quand j’ai annoncé à mes proches ce virage professionnel, ils ont été plutôt décontenancés. En fait, la rupture s’était faite bien en amont, à ma sortie de prépa. Être clown, c’était loin de ce qu’ils avaient prévu. À vrai dire, pour moi aussi.

Ensuite j’ai été clown à l’hôpital, clown au cabaret, clown au théâtre, clown dans l’espace public, clown adopté dans des familles… Bref le train-train.

 J’ai appris que j’étais surdoué

À 37 ans, je suis tombé sur une émission radio dans laquelle une intervenante parlait des enfants précoces. Moi, je les avais toujours vu comme des singes savants, mais en l’entendant dresser leur profil, je me suis rendu compte qu’elle parlait de moi.

J’ai fait un test de QI, vu les spécialistes, ça ne faisait plus aucun doute, c’était écrit noir sur blanc : j’étais un adulte à haut potentiel ou, pour vulgariser maladroitement, “surdoué“.

À ce moment-là, ma vie s’est éclairée sous un autre angle : ma sensibilité, mon parcours scolaire en dents de scie, mon rapport aux autres, au monde, etc. prenaient un autre sens.

Je ne regrette pas mes années d’errements

Avec ou sans bac, on a bien tous une place qui nous correspond quelque part. Question de choix de vie, d’épanouissement, d’autonomie, de pugnacité et de ce que vous voulez.

 J’ai deux bacs et je suis clown.
Mon frère n’en a aucun et est PDG.

Je ne regrette pas mes études, cela faisait partie de mon chemin de vie et cela m’a apporté beaucoup en terme de rigueur et de méthode de travail. C’est aussi grâce aux erreurs, aux errements, aux accidents que l’on se construit, même si c’est inconfortable sur le moment. Simplement, je savais qu’il y avait quelque chose d’autre ailleurs, que j’allais devoir faire un saut dans le vide pour le trouver. Ce que j’ai fait, non sans un vertige certain.

Aujourd’hui, Je suis metteur en scène, auteur, comédien, pédagogue… et clown. Un personnage à rebrousse-poil, bien loin des clouclowns d’anniversaire et des paquets de lessive, un personnage original, aussi fou que sage, aussi libre que con.

Source : L’Obs (Juillet 2015)

Autre lien : Mel et vous

Crédit photo : http://masmusicamenosbalas.org/fuerzas-armadas-clown/