Trinh Xuan Thuan : “Science et spiritualité sont complémentaires”

Paris accueillait en 2002 une vingtaine de chercheurs prestigieux, dont cinq Prix Nobel, pour parler de la science et de la quête de sens. tf1.fr a interrogé l’un des participants à ce colloque : l’astrophysicien vietnamien Trinh Xuan Thuan.

Longtemps, la science a été opposée à la religion. Surtout en France, où l’héritage de Descartes est solidement enraciné dans les esprits. C’est pourtant à Paris, au siège de l’Unesco, que se tiendra vendredi et samedi prochains un colloque baptisé “Science et quête de sens” (1). Y participeront une vingtaine de sommités scientifiques parmi lesquels cinq Prix Nobel. Pour comprendre leurs motivations, tf1.fr a interviewé l’astrophysicien vietnamien Trinh Xuan Thuan, professeur d’astronomie à l’université de Charlottesville (Virginie, Etats-Unis) et auteur de nombreux ouvrages (2), qui participera aux débats.

tf1.fr : Vous avez déclaré dans une interview que “l’homme a un rôle à jouer en comprenant l’Univers et en lui donnant un sens”…

Trinh Xuan Thuan : L’Univers a été réglé de façon extrêmement précise pour permettre l’émergence de la vie et de la conscience. Tout ce que vous voyez autour de vous dépend d’une quinzaine de constantes — lumière, masse, vitesse… — et de conditions initiales, telles que la densité de la matière et l’énergie à l’origine de la création de l’Univers. Si on avait varié un tant soit peu ces données, l’Univers serait vide et stérile. Il n’y aurait pas d’étoiles et adieu vie et conscience. Or, l’Univers n’aurait pas de sens s’il était vide. Pourquoi toute cette beauté du cosmos s’il n’y avait pas d’observateurs pour en voir l’harmonie ?

tf1.fr : C’est ce que vous appelez votre “pari pascalien” ?

T. X. T. : Je me sens dans la lignée de Pascal, qui était un grand scientifique et un grand croyant. Ce “pari pascalien”, c’est plus une sorte de conviction philosophique qu’une démonstration scientifique. Je ne crois pas que tout est hasard, comme l’affirment certains, ni qu’il existe des Univers parallèles. Je parie sur un seul Univers dont le principe créateur ne s’incarne pas, selon moi, dans l’image d’un Dieu barbu qui régit tout mais dans la manifestation des lois de la nature.

tf1.fr : Est-ce une conception proche de vos convictions bouddhistes ?

T. X. T. : En fait, ce concept panthéiste n’est pas familier avec le bouddhisme, qui réfute l’existence d’un Dieu ou d’un principe créateur. Mais à part cela, il y a tellement de convergences harmonieuses entre le bouddhisme et la science. Des principes bouddhistes comme l’impermanence — le fait que tout change — et l’interdépendance, qui fait que tout est lié, sont au cœur de nombreuses théories scientifiques.

tf1.fr : Lorsque vous effectuez vos recherches, êtes-vous animé par cette quête de sens ?

T. X. T. : Quand je recherche, c’est la méthode scientifique qui prime. Il y a néanmoins des moments d’émotions magnifiques quand je regarde des galaxies au télescope. Je pense que la science et la spiritualité sont deux visions complémentaires de la réalité dont il faut faire la synthèse. La spiritualité peut nous guider, nous faire réfléchir sur les conséquences de nos recherches, nous donner une morale, une éthique. C’est particulièrement vrai dans certaines sciences comme la génétique.

(1) “Science et quête de sens”, 19 & 20 avril 2002, Unesco, salle 1, 7 place de Fontenoy, 75007 Paris. Prix de l’entrée : 20€ le 19/04/2002, 35€ le 20/04, 50€ pour les deux jours. Parmi les invités : Werner Arber (prix Nobel de médecine), Christian de Duve (Prix Nobel de médecine), Jane Goddall (primatologue), William Philips (Prix Nobel de physique), Hubert Reeves (astrophysicien), Charles Townes (Prix Nobel de physique), Ahmed Zewail (Prix Nobel de chimie).

(2) Les ouvrages de Trinh Xuan Thuan : L’infini dans la paume de la main, écrit avec Mathieu Ricard (Pocket), Le chaos et l’harmonie (Gallimard Folio), La mélodie secrète (Fayard), Un astrophysicien(Flammarion), Le destin de l’univers (Gallimard Découverte).

Source : TF1 (Avril 2002)