Le pardon, chemin vers la guérison intérieure.

Trahison d’un ami, infidélité, blessure d’enfance… Pardonner semble difficile, souvent impossible. Pourtant, réussir à parcourir ce long chemin est une chance. Car, loin d’être synonyme d’oubli, le pardon est une libération… pour soi.

Pardonner ? Jamais !

Pardonner ? Jamais !, c’est ce que je répétais au sujet de ma cousine. Nous avons été élevées ensemble. Je l’ai protégée, aidée, même après que nous avons coupé les ponts avec mes parents, qui étaient très durs. Pourtant, la seule fois où j’ai eu besoin d’elle, elle m’a abandonnée, raconte Danielle. Pendant des années, j’ai même interdit à mes proches de parler d’elle. Un jour, après une altercation avec ma fille, j’ai compris que ce ressentiment m’emprisonnait dans un passé douloureux et que mon amertume rejaillissait sur mes proches. Cela m’a travaillé longtemps, puis un jour, je me suis réveillée plus légère : j’avais pardonné. » Confronté à une blessure profonde, chacun réagit en fonction de son histoire personnelle, familiale, culturelle et religieuse. Certains mettent un mouchoir sur leur souffrance et vivent tant bien que mal avec. D’autres nourrissent une haine tenace, et n’ont de cesse de se venger. Et, il y a ceux qui pardonnent… souvent après un long et difficile chemin.

Pouvoir se souvenir sans trop souffrir

« Pardonner n’est pas un acte facile, d’autant plus quand de longues années ont été habitées par le ressentiment. Face à la douleur, la haine est un rempart, un soutien. Mais c’est aussi un poison qui ronge, oblige à vivre dans la souffrance, explique Maryse Vaillant, psychologue. Décider d’arrêter les représailles, abandonner la haine, c’est le premier pas vers le pardon. Au début, on peut se sentir fragilisé par cette perte, mais au bout du chemin, quel gain! Celui de la sérénité. »

« Tire un trait, c’est du passé ! Il faut savoir passer l’éponge. » Contrairement à ce que la plupart d’entre nous pensent, le pardon n’est pas synonyme d’oubli. « Alors que le traumatisme oblige à revivre sans cesse la souffrance, le pardon ne signifie pas la nier. Il permet juste de se souvenir sans souffrir, en tout cas en souffrant de moins en moins. Il n’implique pas la réconciliation, ni d’aimer celui (ou celle) qui nous a fait du mal et encore moins son absolution. Sans empêcher la sanction ou l’œuvre de la justice, c’est un travail de séparation qui permet de continuer la relation sur de nouvelles bases ou d’y mettre un terme », ajoute notre psychologue.

Pendant des mois, Cécile a rêvé qu’elle poignardait celle qui avait été sa meilleure amie, comme celle-ci l’avait poignardé dans le dos en ayant une liaison avec son mari. Une trahison qui, selon la jeune femme, a ruiné sa vie, l’obligeant à tout quitter. Alors qu’elle doit chercher du travail, elle ne sort presque plus de chez elle, et se plaint de terribles maux de ventre et de tête à la moindre contrariété. Le sentiment d’injustice qui la hante est tel qu’elle pense être victime du monde entier. Il lui faudra entreprendre une psychothérapie pour dépasser son ressentiment, réussir à pardonner sans toutefois revoir son amie, et enfin commencer à reconstruire sa vie.

« En se dégageant de l’autre, en dépassionnant la relation, on se libère du clivage bourreau-martyr. On peut alors se pardonner à soi-même de s’être laissé embarquer dans la haine et d’avoir été victime. Et souvent, quand on arrive à se réconcilier avec soi, on arrive à pardonner à l’autre. Même s’il n’a rien fait pour cela, même s’il est absent ou mort », précise notre psychologue.

Un parcours qui demande du temps

Le vrai pardon, non dicté par la morale ou la religion, mais qui vient du plus profond de soi, n’est pas un acte qui se décide ou s’impose : à chacun de définir ce qui est pardonnable pour lui. Mais il peut se mûrir. Et il faut parfois se faire aider si le parcours est trop difficile.

« Le pardon réclame du temps et a ses passages obligés, comme un deuil, car c’en est un, insiste Maryse Vaillant. La première étape, c’est le temps du réquisitoire, celui des reproches, qui dure parfois toute la vie. Si l’on parvient à le dépasser, vient l’heure des inventaires : de quoi a-t-on souffert, jusqu’à quel point l’autre nous a-t-il fait mal, qui on est soi-même, quelle est l’histoire de l’autre et qu’est-ce que l’on projetait dans cette relation ? Après la colère, c’est le temps du chagrin, du deuil, qui libère les larmes et la mémoire, et aide à faire la part des choses. »

« Très longtemps, j’ai reproché à mon mari de ne pas s’intéresser à mes problèmes. Je ne lui pardonnais pas de ne pas montrer un peu de sollicitude. Jusqu’au jour où j’ai compris que cela me rappelait l’attitude de ma mère, qui m’a toujours manifesté de l’indifférence ou rudoyé lorsque j’avais besoin d’être consolée. J’attendais de mon mari qu’il adopte ce rôle », raconte Viviane.

Savoir qu’il n’est jamais trop tard

Peu importe le temps que prend ce parcours, il n’est jamais trop tard pour se libérer de la tyrannie d’un passé douloureux. « Ceux qui ont réussi à pardonner sont souvent plus agréables. Ils s’autorisent à plus de bonheur car, libérateur de l’émotion, de la pensée, de la mémoire et de l’énergie, le pardon est avant tout une réconciliation avec la vie. Et n’est-ce pas un beau projet de vie que de devenir un vieillard serein ? » ajoute Maryse Vaillant. Un écho à la sagesse du poète Victor Hugo, qui, dans « L’art d’être grand-père » disait : « Le pardon, quel repos ! »


La bonne méthode pour vraiment pardonner

 Pardonner apporte une libération intérieure et une certaine forme de lâcher prise. Le processus peut être long et compliqué mais il demeure toujours bénéfique pour celle qui en fait la démarche. Comment pardonner ? Olivier Clerc, fondateur des Journées du pardon, nous enseigne sa méthode, le Don du pardon.

Une démarche peu habituelle

Quelqu’un vous a fait du mal. Paradoxalement, la méthode du Don du pardon vous apprend non pas à pardonner à votre “agresseur” mais à lui demander pardon. Cette inversion du processus du pardon peut paraître illogique et scandaleuse. C’est vrai, pourquoi demanderait-on pardon alors qu’on est la victime ? En fait, il ne s’agit pas de remettre en cause ces postulats, mais de changer de perception et de démarche. La méthode du “Don du pardon” d’Olivier Clerc, auteur de “peut-on tout pardonner” (éditions Eyrolles), invite à adopter cette posture non pas pour se soumettre mais pour retrouver sa liberté et se guérir seule.

Certes, on nous a blessé au départ, mais il nous revient désormais la responsabilité de panser nos plaies émotionnelles qui gangrènent parfois notre vie. Pour employer une image, on peut considérer le Don du pardon comme une “douche du cœur”, selon les mots d’Olivier Clerc. Un rituel qui lave notre esprit de tout le négatif accumulé en nous. Ce processus simple constitue un bon moyen au final de nous rendre plus fort et plus épanoui.

La démarche décrite ci-dessous se déroule en quatre étapes et se fait seule, en dix à 20 minutes seulement. Mais elle peut aussi se faire en groupe, au sein de “cercles du pardon” (elle dure alors deux à trois heures). Il en existe plusieurs en France.

Comment procéder

Première étape : on demande pardon aux autres

Seule, on visualise les personnes avec qui on estime avoir des tensions relationnelles par exemple des membres de notre famille, des ex, des collègues, etc. Et on leur demande pardon : “je leur demande pardon d’avoir utilisé ce qu’elles ont fait, comme prétexte à garder mon cœur fermé et à distiller mon ressentiment et ma haine”.

Seconde étape : on demande pardon à ses boucs émissaires

L’objectif ici est d’arrêter de diaboliser des groupes de entiers de personnes en dehors de notre entourage (par exemple les « riches », les patrons, les pollueurs, les membres de tel parti politique ou ceux qui défendent des convictions contraires, etc). En demandant pardon à ces groupes de personnes anonymes on s’entraîne à mettre à distance les sentiments négatifs desquels découlent beaucoup de préjugés et d’a priori. On fait le choix d’aimer plutôt que de juger.

Troisième étape : on demande pardon “au plus grand que soi”

On destine sa demande de pardon à des entités supérieures, différentes selon nos croyances. On peut demander pardon par exemple à la Nature, à la Terre, à la Vie, à Dieu, etc. On s’adresse en fait aux “êtres” supérieurs qu’on prend parfois à parti en cas de coup dur. “Cette étape permet d’arrêter d’utiliser ce qu’il y a de plus grand, de plus beau et plus sacré, comme un prétexte supplémentaire pour broyer du noir dans son cœur”, explique Olivier Clerc. On arrête ainsi le fatalisme et on reprend le contrôle sur sa vie.

Quatrième étape : on demande pardon à soi-même

Après avoir demandé pardon aux autres, reste le plus important : nous-même. On se demande pardon pour toutes les fois où on s’en veut, où on se juge, où on se critique, où on rejette des parties de soi. L’idée est de faire la paix avec soi-même, de se réconcilier, et pourquoi pas de se féliciter pour cette démarche de pardon qu’on a entreprise. On se demande humblement pardon et ce faisant on se fait une promesse : cultiver désormais la bienveillance envers soi.

Source : www.topsante.com (2012-2015)

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