Cœur artificiel Carmat : le deuxième greffé décède à son tour…

L’homme avait été opéré en août à Nantes. Les médecins et le fabricant se refusent à tout commentaire.

Il est mort. On disait pourtant que tout allait bien, qu’il reprenait «une vie normale». Le deuxième patient à avoir reçu un cœur artificiel, en août au CHU de Nantes (Loire-Atlantique), vient de décéder.
Peu après que Libération ait annoncé ce décès sur son site, la société Carmat a publié un communiqué détaillant en partie les raisons de ce décès inattendu: «Le deuxième patient, implanté d’une prothèse Carmat au CHU de Nantes le 5 août 2014, a été hospitalisé à Nantes vendredi 1er mai dans la soirée à la suite d’une insuffisance circulatoire. L’équipe médico-chirurgicale ayant constaté une dérive fonctionnelle de la prothèse, le patient a été mis sous assistance cardio respiratoire en unité de soins intensifs. Le samedi 2 mai, il a été décidé d’implanter chez le patient une nouvelle prothèse Carmat. L’opération a été menée à son terme et la circulation sanguine a été rétablie. Malgré les efforts réalisés, des complications poly-viscérales post opératoires se sont installées, et le patient est décédé samedi 2 mai en fin d’après-midi.»
Ce décès intervient alors que, la semaine dernière, Libération avait révélé que ce cœur artificiel, conçu par le professeur Alain Carpentier, avait été implanté avec succès sur un troisième patient en avril, à l’hôpital européen Georges-Pompidou (HEGP), à Paris (XVe). «Une implantation qui s’est bien passée», avait ­confirmé quelques jours plus tard le professeur nantais Daniel Duveau, qui avait participé à l’intervention en compagnie du chirurgien parisien Christian Latrémouille. «D’autres implantations pourraient avoir lieu ­rapidement, avait alors ajouté Daniel Duveau, et nous sommes en train d’étudier un certain nombre de dossiers de patients.»
Du deuxième greffé du cœur qui vient de mourir, on sait seulement qu’il s’agit d’un homme de 69 ans. Le professeur Duveau l’avait lui-même opéré à Nantes, en août. La semaine dernière, il assurait qu’il se portait «très bien», avant d’ajouter : «Il a été réhospitalisé, ce qui est normal, il a des visites de contrôle toutes les semaines. C’est quelqu’un plein de bonne volonté, très tonique. On est même parfois un peu obligés de le freiner.»
Que s’est-il donc passé ? Est-ce le cœur artificiel qui serait en cause ou bien l’état général du patient ? Toujours la semaine passée, et contrairement aux propos très optimistes du professeur Duveau, Libération avait recueilli des informations moins encourageantes. Ce décès va-t-il retarder la poursuite du protocole actuel  ?

Des malades toujours en phase terminale

La première greffe avait eu lieu le 18 décembre 2013 à l’HEGP : trois mois plus tard, le patient, âgé de 76 ans, était décédé des suites d’un arrêt «inopiné» de la machine. Le cœur Carmat est toujours dans la première des deux phases d’essais cliniques prévues avant une homologation et une commercialisation de l’appareil dans l’Union européenne. Cette première phase du protocole prévoit des implantations sur quatre patients afin de «tester la sécurité de la prothèse» et d’évaluer «la survie des malades». Les personnes implantées sont toutes des malades du cœur en phase terminale de leur maladie. Doit ensuite venir une seconde phase, qui prévoit l’implantation du cœur artificiel sur «une vingtaine de patients» pour examiner, en plus de la survie, «des aspects plus qualitatifs d’efficacité», de «qualité de vie» ou encore de «confort du patient», selon l’industriel Carmat.

Source : Libération (Mai 2015)