«Vacciner les nourrissons contre les rotavirus reste une bonne mesure de santé publique…»

Deux morts de nourrisson après la prise d’un vaccin. De quoi inquiéter dans ce climat de grande méfiance vis-à-vis de la vaccination. Et ce mercredi, le Canard enchaîné en a fait lourdement état. Pour autant, les effets indésirables des deux vaccins en cause – Rotarix et RotaTeq – sont bien connus, bien identifiés et rares. Ce sont des vaccins oraux indiqués chez les nourrissons dans la prévention des gastro-entérites liés à des rotavirus : bref, pour éviter de fortes diarrhées qui peuvent se traduire par des hospitalisations très pénibles pour le nourrisson.

Rotarix et RotaTeq sont fabriqués par GSK (GlaxoSmithKline Inc)

«Ces vaccins sont autorisés, en Europe, depuis février et juin 2006 respectivement, et commercialisés en France depuis mai 2006 et janvier 2007», a expliqué, mardi, l’Agence nationale de sécurité des médicaments. Précisant : «Depuis leur commercialisation en France et jusqu’au 31 octobre, plus d’un million de doses ont été distribuées. 508 notifications d’effets indésirables médicalement confirmées, dont 201 graves, ont été recueillies et analysées.»

Parmi les observations graves, 47 cas d’invaginations intestinales aiguës, survenues dans le mois suivant la vaccination, ont été rapportés, dont quelques-uns d’évolution fatale. C’est comme si, en fait, le colon se recroquevillait sur lui-même. Et c’est terriblement douloureux pur l’enfant. «Bien que considéré comme très rare (moins d’un cas sur 10 000 vaccinés), l’invagination nécessite, de par sa gravité, une prise en charge immédiate, et cela dès les premiers signes cliniques», insiste l’Agence.

En France, ces vaccins ne sont pas obligatoires et pas systématiquement proposés. «C’est aux médecins, à qui l’Agence du médicament a envoyé de nouvelles recommandations, de voir au cas par cas si le vaccin est utile», a réagi Marisol Touraine, ministre de la Santé. Catherine Hill, épidémiologiste à l’Institut Gustave-Roussy a travaillé comme experte à l’ANSM sur ces vaccins. Elle répond aux questions de Libération.

Faut-il s’inquiéter de ces effets indésirables, liés aux vaccins Rotarix et RotaTeq ?

Ces effets indésirables sont bien connus et bien identifiés. On a noté une augmentation d’invagination intestinale aiguë dès leur arrivée, et plusieurs articles ont été publiés, en 2010 et 2011 en particulier, dans le New England Journal of Medicin pour en faire état. Le risque est faible (un pour 50 000), mais il existe. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne faut pas vacciner.

Pourquoi ?

Les infections avec ces rétrovirus chez le nourrisson sont la cause d’hospitalisations majeures du nourrisson. De les vacciner permet de les éviter. En écho, le risque de ces vaccins est un peu comme si le colon se repliait, comme un télescope. Il ne faut pas l’ignorer, mais ce risque est bien documenté, entre trois et sept jours après la première dose. Et hospitalisés, cela se résout, par un lavement, ou parfois une opération.

Et pour vous, cela ne remet pas en cause la vaccination ?

Non. Et les vacciner reste une bonne mesure de santé publique, car c’est une situation stressante, vous savez, de faire hospitaliser son jeune enfant, pendant huit jours (SOS-Harmonie : le vaccin sert à dé-stresser les parents ?). Ce vaccin est très efficace, mais il faut que les médecins comme les parents soient bien au courant. Dans les deux décès rendus publics, peut-être que si le médecin vaccinateur et les parents avaient été suffisamment alertés, les choses auraient pu être différentes car ce risque est faible et surtout limité dans le temps.

Source : Libération Avril 2015

En France, presque 100 % des enfants sont infectés par le rotavirus avant l’âge de deux ans. L’infection par le rotavirus se manifeste le plus souvent par une gastro-entérite aigüe et touche tout particulièrement les nourrissons âgés de six mois à deux ans, causant chez eux vomissements, diarrhée et fièvre. Si environ un enfant sur 50 doit être hospitalisé suite à une déshydratation importante causée par le rotavirus, les autres enfants atteint par la gastro-entérite voient leurs symptômes disparaitre après quatre ou cinq jours. Très contagieux, le rotavirus passe d’un enfant à l’autre via les mains, les poignées de porte, les jouets… D’où l’intérêt de miser sur la prévention (dont qualité alimentation et eau de maman et bébé, allaitement).


Catherine Hill, Charles Joseph-Oudin et les conflits d’intérêt dans l’affaire Mediator

Catherine Hill
Nul ne doute que si Catherine Hill, épidémiologiste que l’on dit sérieuse et réputée, avait fait valider ses recherches par d’autres experts scientifiques, l’affaire du Mediator aurait fait pschitt.
Car dans la famille conflit d’intérêts, Catherine Hill devrait être au centre de beaucoup d’interrogations qui ne sont, hélas, que rarement posées.
Il est donc tout à fait regrettable que personne ne se soit véritablement interrogé sur la question du conflit d’intérêt entre cette scientifique et son neveu, l’avocat Charles Joseph-Oudin.
On voudrait encore nous faire croire en une génération spontanée qui pousse un très jeune avocat sorti de nulle part à s’auto-saisir de l’affaire du Mediator. En sachant par ailleurs que cette affaire n’a pas été révélée spontanément par les intéressés. Le docteur Marc Girard explique ainsi : «Je veux bien que les intéressés ne voient pas où est le problème, mais dans la mesure où, notoirement hélas, notre Cour de cassation entretient une immense dévotion à l’égard des études épidémiologiques réalisées (et interprétées) sous l’égide de nos autorités sanitaires, il s’avère que Tata (Madame Hill) aura été impliquée au premier chef dans les évaluations technico-scientifiques dont, au moins indirectement, dépendront les honoraires de résultat (et la notoriété inhérente) du neveu. »
Il est vrai que les conflits d’intérêts concernent toujours les autres et qu’il est impossible aux détracteurs des laboratoires Servier, atteints d’une profonde cécité, de se reprocher ces mêmes conflits d’intérêt coupablement entretenus pendant des années. Il faudrait donc demander à Catherine Hill quels ont été ses liens avec l’industrie pharmaceutique. Silence et aucune trace n’apparaît.
Catherine Hill est décidément abonnée à la génération spontanée : elle raconte dans un article du JDD comment elle eut l’idée de lancer une étude complémentaire après avoir « religieusement » écouté Irène Frachon : « J’assistais à une réunion d’un groupe de travail au cours de laquelle la pneumologue de Brest Irène Frachon présentait une dizaine de dossiers très documentés sur des patients atteints de valvulopathie et ayant pris du Mediator. Nous étions une quarantaine à écouter son exposé. Je n’ai rien dit pendant cette séance mais j’ai ensuite demandé à ce que l’on engage des investigations complémentaires. Quelque temps plus tard, le laboratoire a fourni une étude, dite « Regulate » dans laquelle il étudie deux populations de patients l’une traitée par Mediator et l’autre témoin. Elle montrait clairement que le risque de développer une valvulopathie était accru avec le Mediator. »
Dernier point sur le travail de recherche de Catherine Hill. La méthode. A l’évidence beaucoup de voix de spécialistes se sont élevées pour s’interroger sur le mode de calcul du nombre potentiel de victimes du Mediator. L’une d’elle, celle du Professeur Acar, vient de publier une nouvelle étude remettant en cause l’estimation des victimes. Tous les points soulevés par Catherine Hill sont remis en perspective et analysés précisément. A ce titre, pourquoi l’IGAS n’a-t-elle pas effectué ce même travail avant de rendre son dossier sur le Mediator ?
On voit donc que dans l’affaire Mediator, on conjugue l’approximation et le scientifique ce qui ne fait pas toujours bon ménage. Catherine Hill aurait-elle été manipulée ? Aurait-elle souffert, comme Irène Frachon, d’une procédure d’engagement ? Aurait-elle été influencée par un concurrent de Servier ? Autant de questions politikement inkorrektes mais qui demeurent sans réponse…

Charles Joseph-Oudin

Ce jeune avocat de 28 ans au visage encore poupin se retrouve au centre d’un des plus grands scandales sanitaires français de ce début de décennie dont le procès s’est ouvert ce lundi 14 mai. Politikement Inkorrekt revient sur la personnalité du benjamin de l’affaire Servier et du Mediator, Maître Charles Joseph-Oudin.

D’un côté, Servier, deuxième groupe pharmaceutique national après Sanofi-Aventis, fabricant du Mediator qui était encore en 2007, le 44e médicament le plus vendu en France. Un empire médical qui emploie 20.000 salariés dans le monde, dont 5.000 en France. De l’autre, le défenseur de quelques dizaines de victimes présumées : mais depuis, quelques semaines, son CV a disparu de Google ainsi que toute référence à sa prestation de serment devant le barreau de Paris le 4 novembre 2009.

Le Mediator, pour lui, c’est sa première affaire, une « belle » affaire, juteuse. Une vidéo le montre à la l’occasion de l’une des toutes premières conférences de presse, faire le signe des doigts qui se frottent comme pour dire : « y a du fric à se faire dans cette affaire ! ».

On raconte qu’il a entendu parler du Mediator pour la première fois deux mois seulement après sa prestation de serment. On dit aussi qu’une femme s’est présentée à son tout nouveau cabinet installé dans le 14e arrondissement parisien, un petit appartement sombre, froid avec seulement un ordinateur, un téléphone, un fax, une assistante… «Je connaissais cette femme un peu par hasard. Elle avait lu le livre d’Irène Frachon. Voilà comment tout a commencé», explique simplement l’avocat. Ça c’est pour la version officielle. La version officieuse est beaucoup moins romantique. En fait le jeune Joseph n’est ni plus ni moins que le neveu de Catherine Oudin-Hill, épidémiologiste de renom qui a annoncé les chiffres approximatifs de 500 à 2000 morts (chiffres non fondés et d’ailleurs réfutés par les spécialistes).

Issu d’une famille de médecins, Charles Joseph-Oudin était loin d’être un spécialiste du droit médical. Avant de se lancer en indépendant, l’ancien élève d’Assas et d’Oxford, qui a payé ses études en étant vendeur au service photo de la Fnac (snif), s’est fait la main dans deux cabinets anglo-saxons en droit des affaires. L’avocat a donc dû rapidement se mettre à niveau. «J’ai commencé par me documenter, lire la littérature médicale spécialisée, discuter avec des experts… Très vite, j’ai senti que cette affaire sentait le scandale», explique-t-il. Mais bien sûr… Alors que même les meilleurs spécialistes scientifiques se cassent les dents sur ce dossier (l’avocat a d’ailleurs du mal à prononcer le terme de norfenfluramine), le bellâtre devient l’avocat spécialistes des amphétamines…

D’une seule patiente, le jeune maître à la barbe naissante et aux costumes trop grands est devenu aujourd’hui le représentant de plusieurs dizaines. «Vous ne pouvez pas imaginer ! Tous les jours, je reçois des mails, des lettres de personnes malades ou de familles de patients décédés. Des appels qui viennent de toute la France et même parfois de Français vivant à l’étranger.», car comprenez-vous, il faut bien entretenir l’espoir de faire cracher Servier, même si le lien de cause à effet entre la prise du Mediator et les valvulopathies, dans 90%, est indémontrable, selon la dernière étude de l’ONIAM.

Mais il ne faut surtout pas ignorer, que c’est surtout Me François Honnorat, un avocat aguerri dans les affaires médicales –il a notamment bataillé dans les dossiers du sang contaminé, de la vache folle ou de l’hormone de croissance– qui fait l’essentiel du travail et le défrichage des procédures multiples.

Avec beaucoup de finesse et d’à-propos, Me Joseph-Oudin n’hésite pas à comparer le laboratoire Servier à «la Corée du nord où la direction fait régner un climat de peur chez ses salariés et jusque dans les ministères», sans d’autres précisions, juste pour entretenir un mystère de façade et à deux sous.

Après le Mediator, le pénaliste aurait déjà en vue d’autres médicaments «scandaleux» dont certains sont également commercialisés par Servier. Il n’a pas encore dit s’il allait s’attaquer à Sanofi ou GSK. C’est vrai que ce ne serait pas politikement korrekt…

Source : http://politikementinkorrekt.blogspot.fr 05/2012