Confucius, paroles du Maître

L’essentiel de la pensée de Confucius nous est parvenu à travers les Analectes, ou Entretiens, recueil de propos de Confucius et de ses disciples ainsi que de discussions entre eux, compilés par des disciples de deuxième génération.

Bien qu’il n’ait jamais développé sa pensée de façon théorique, on peut dessiner à grands traits ce qu’étaient ses principales préoccupations et les solutions qu’il préconisait. Partant du constat qu’il n’est pas possible de vivre avec les oiseaux et les bêtes sauvages, et qu’il faut donc vivre en bonne société avec ses semblables, Confucius tisse un réseau de valeurs dont le but est l’harmonie des relations humaines. En son temps, la Chine était divisée en royaumes indépendants et belliqueux, les luttes pour l’hégémonie rendaient la situation instable et l’ancienne dynastie des Zhou avait perdu le rôle unificateur et pacificateur que lui conférait le mandat du Ciel. Confucius voulait donc restaurer ce mandat du Ciel qui conférait le pouvoir et l’efficacité à l’empereur vertueux. Cependant, bien qu’il affirme ne rien inventer et se contenter de transmettre la sagesse ancienne, Confucius a interprété les anciennes institutions selon ses aspirations, il a semé les graines de ce que certains auteurs appellent l’« humanisme chinois ».

Mettant l’homme au centre de ses préoccupations et refusant de parler des esprits ou de la mort, Confucius n’a pas fondé de religion au sens occidental du terme, même si un culte lui a été dédié par la suite. Cherchant à fonder une morale positive, structurée par les « rites » et vivifiée par la « sincérité », mettant l’accent sur l’étude et la rectitude, Confucius représente pour les Chinois d’avant la Révolution l’éducateur par excellence, mais la lecture attentive des Entretiens montre qu’il n’a pas voulu s’ériger en maître à penser, et qu’au contraire il voulait développer chez ses disciples l’esprit critique et la réflexion personnelle : « Je lève un coin du voile, si l’étudiant ne peut découvrir les trois autres, tant pis pour lui. »

Le Maître dit : L’homme de bien exige tout de lui-même, l’homme de peu attend tout des autres.

Le Maître dit : Si tu rencontres un homme de valeur, cherche à lui ressembler. Si tu rencontres un homme médiocre, cherche ses défauts en toi-même.

Le Maître dit : Connaître la vertu sans la cultiver, accumuler les connaissances sans les approfondir, entendre parler du Juste sans le pratiquer, voir ses propres défauts sans y remédier, c’est bien là ce qui me préoccupe !

Le Maître dit : Je ne suis prêt à éveiller que celui qui cherche ardemment à comprendre, à guider que celui qui s’efforce vainement de s’exprimer ; mais si, lui montrant un angle, je le vois incapable d’en déduire les trois autres, j’abandonne la partie.

Le Maître dit : Quand on se promène ne serait-ce qu’à trois, chacun est certain de trouver en l’autre un maître, faisant la part du bon pour l’imiter et du mauvais pour le corriger en lui-même.

Le Maître dit : La vie de l’homme tient à la droiture. Sans droiture, elle ne tient qu’au hasard.

Le Maître dit : Nature qui l’emporte sur culture est frustrée, culture qui l’emporte sur nature est pédante. Seule leur combinaison harmonieuse donne l’homme de bien.

Le Maître dit : A-t-on jamais vu quelqu’un sortir d’une maison sans passer par la porte ? Comment se fait-il alors que personne ne passe par la Voie ?

Le Maître dit : Concentre ta volonté sur la Voie, prends appui sur la Vertu, modèles tes actions sur le ren, et prends ton plaisir dans les arts.

Le Maître dit : L’homme de bien est impartial et vise à l’universel ; l’homme de peu, ignorant l’universel, s’enferme dans le sectaire.

Le Maître dit : Savoir qu’on sait quand on sait, et savoir qu’on ne sait pas quand on ne sait pas, c’est là la vraie connaissance.

Le Maître dit : Il y a bien ceux qui, sans posséder le savoir, agissent à tort et à travers : je n’en suis pas. Il me faut écouter beaucoup pour en adopter la meilleure part, voir beaucoup pour en prendre bonne note : c’est là le second degré de la connaissance.

Le Maître dit : Apprendre, c’est vivre dans la hantise de ne jamais atteindre son but et de perdre ce que l’on a déjà gagné.

Le Maître dit : Il est de jeunes pousses destinées à ne jamais fleurir, il en est d’autres qui fleurissent mais ne portent jamais de fruits.

Le disciple Zilu demande comment il convient de servir les esprits. Le Maître lui dit : Tant que l’on ne sait pas servir les hommes, comment peut-on servir leurs mânes ?

Le Maître dit : Exige beaucoup de toi-même et peu des autres, c’est le moyen d’écarter toute animosité.

Le Maître dit : Un beau discours peut faire prendre vice pour vertu, une légère impatience compromettre de grands desseins.

Le Maître dit : L’homme de bien est pur, mais pas prude ; droit, mais pas rigide.-

Le Maître dit : Commettre une faute et ne pas s’en corriger, c’est là la vraie faute !

Le Maître dit : Deux seules catégories échappent à tout changement : les très sages et les très bêtes.

Le Maître dit : Ne crains point de rester méconnu des hommes, mais bien plutôt de les méconnaître toi-même.

CONFUCIUS, paroles du Maître (-551, -479)